VATICAN — Quand le pape François visite une prison, que ce soit à l’autre bout du monde ou à Rome, il raconte toujours aux détenus qu’il aurait pu lui aussi finir derrière les barreaux. «Pourquoi vous et pas moi?», leur demande-t-il.

Cette empathie empreinte d’humilité et la facilité avec laquelle il se met à la place de l’autre ont valu au pape François des admirateurs partout sur la planète et confirmé son rôle de champion des plus démunis.

Mais au moment où on célèbre mardi le cinquième anniversaire de sa papauté et le début d’une année 2018 qui pourrait être turbulente, le pape François est assailli de critiques autant pour les causes qu’il choisit de défendre que pour celles qu’il laisse de côté. Les femmes et les agressions sexuelles arrivent en tête des dernières, et on commence de plus en plus à se demander si le premier pape issu d’Amérique latine n’est pas victime d’attentes irréalistes et de sa propre culture.

Quoi qu’il en soit, les cinq premières années de la papauté de François ont présenté de manière étourdissante un nouveau type de pape, un pape qui préfère le langage clair à la théologie et la clémence à la moralité — le tout dans l’espoir de rendre l’Église plus accueillante pour ceux qui s’en sentent exclus.

Plusieurs évoquent un des commentaires les plus spectaculaires du pape: «Qui suis-je pour juger?», a-t-il demandé concernant un prêtre gai, ce qui a représenté un moment crucial que plusieurs catholiques mécontents avaient cessé d’espérer.

D’autres croient plutôt que l’ouverture timide du pape face à la communion des catholiques qui se sont remariés à l’extérieur de l’Église est son annonce la plus révolutionnaire. On la retrouve en marge d’un document qu’il a signé en 2016, «La joie de l’amour».

«J’ai rencontré des gens qui ont renoué avec la foi catholique grâce à ce pape, a dit l’archevêque ougandais John Baptist Odama. Aussi simple soit-il, il transmet un message puissant d’un Dieu qui aime tout le monde et qui souhaite le salut de tous.»

Le pape demande aussi aux gouvernements et à la société de traiter les migrants comme des frères et soeurs, et non comme une menace à la sécurité et au bien-être.

Au terme de sa visite d’un camp de réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, le pape a ramené une douzaine de réfugiés syriens à bord de l’avion papal. Le Vatican a ouvert trois immeubles à des familles de réfugiés. Deux migrants africains ont récemment rejoint les rangs de l’équipe d’athlétisme du Vatican.

Ses appels sont toutefois essentiellement restés sans réponse en Europe et aux États-Unis, où l’opposition à l’immigration est devenue une arme politique. Même dans la cour arrière du pape, les Italiens ont récemment voté en faveur de partis qui ont promis de resserrer l’immigration, et même d’avoir recours à des expulsions forcées.

Qu’on garde ultimement de lui le souvenir d’un symbole d’unité ou d’un élément de division, la planète a appris à connaître l’ancien cardinal Jorge Mario Bergoglio, qui s’est présenté le 13 mars 2013 au balcon de la basilique Saint-Pierre pour déclarer que ses collègues cardinaux avaient dû chercher «jusqu’au bout du monde» pour trouver le prochain pape.

Il y a eu des moments qui défient toute description: quand le pape a pleuré en entendant l’histoire d’un prêtre albanais qui a été torturé par le régime communiste, et qu’il a ensuite élevé au rang de cardinal. Quand sa voix a faibli quand il a rencontré des réfugiés rohingyas à qui il a dit que «la présence de Dieu aujourd’hui se nomme aussi rohingya».

Mais tous ne sont pas heureux.

Quand le pape a ouvert la porte de la communion aux catholiques remariés, quelques dizaines de traditionalistes ont crié à l’hérésie. Quatre de ses cardinaux ont demandé un éclaircissement formel. Des conservateurs européens et américains se sont ouvertement demandé comment le vicaire du Christ sur Terre pouvait endosser l’adultère sous prétexte de clémence.

«En bout de compte, ‘La joie de l’amour’ est la conclusion d’un nouveau paradigme proposé par le pape, a dit le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin. Les difficultés au sein de l’Église découlent probablement de cette nouvelle attitude que le pape demande.»

Une cause que l’on reproche au pape de laisser de côté a réclamé son attention la semaine dernière. Une coalition de femmes catholiques s’est rassemblée au siège des Jésuites dont est issu François, à Rome, pour demander une plus grande place au sein de l’Église.

«Le droit des femmes à l’égalité découle organiquement de la justice divine, il ne devrait pas dépendre de la bénévolence ou de la magnanimité intermittente du pape», a dit l’ancienne présidente irlandaise Mary McAleese.

En toute honnêteté, le pape a créé une commission pour étudier l’accession des femmes au diaconat. Il a nommé une femme à la tête de la vache à lait du Vatican, les Musées du Vatican. Il a permis aux prêtres ordinaires, et non seulement aux évêques, de pardonner aux femmes qui ont subi un avortement. Et il a placé Marie Madeleine sur un pied d’égalité avec les apôtres en nommant une fête en son honneur.

Mais aucune femme ne dirige une agence au sein du Saint-Siège et aucune femme n’est membre de son cabinet. Le magazine féminin du Vatican a récemment publié une édition spéciale qui dénonce la «servitude» des religieuses au profit des évêques et des cardinaux.

Plusieurs sont aussi déçus de l’attitude du pape dans le dossier des prêtres pédophiles. Le pape avait généré de grandes attentes en annonçant une «tolérance zéro», en créant une commission d’experts pour le conseiller et en annonçant publiquement que les évêques responsables de dossiers bâclés auraient des comptes à rendre.

Il a toutefois envoyé au rancart un projet de tribunal pour entendre ces évêques, il a permis la dissolution de la commission d’experts et il a récemment estomaqué même ses conseillers les plus proches en balayant du revers de la main les allégations de camouflage des victimes du pire prêtre pédophile de l’histoire du Chili.

Cet épisode en a convaincu plusieurs que le pontife de 81 ans ne saisit tout simplement pas l’importance du scandale et l’impact que cela aura sur le souvenir qu’on gardera de son pontificat.

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QUELQUES FAITS AMUSANTS AU SUJET DU PAPE FRANÇOIS

Le pape n’aime pas beaucoup les égoportraits, mais il les tolère puisque c’est ce que les jeunes font aujourd’hui.

Il n’a pas regardé la télévision depuis le 15 juin 1990, quand il a promis à la Vierge Marie d’y renoncer.

Il aime Caravaggio et Chagall, Mozart et Bach. Ses goûts littéraires vont de Dostoïevski à Borges, en passant par le poème argentin «Martin Fierro».

Il s’emporte à l’occasion, reconnaît avoir des tendances «autoritaires» et se met parfois à jurer comme un marin.

Il se lève à 4 h30, fait la sieste après le déjeuner et dort dès 22 h.

Il transporte un rasoir et un bréviaire de prières dans le petit sac de cuir noir qu’il emporte en voyage.

Il réchauffe sa propre nourriture dans le four à micro-ondes de la cuisine du Vatican.

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