NEW YORK — Quand la Kushner Cos a acheté trois immeubles à appartement dans un quartier de Queens en 2015, alors en plein embourgeoisement, la majorité des locataires étaient protégés par des règlements qui empêchaient les promoteurs de les expulser, d’augmenter les loyers ou même de réaliser un petit bénéfice à leurs dépens.

Malgré cela, l’entreprise alors dirigée par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, est y parvenue, et ce, sans vraiment perdre de temps. Deux ans plus tard, les trois immeubles ont été vendus contre 60 millions $, près de la moitié du double de ce que l’entreprise avait payé pour les acquérir.

Aujourd’hui, une piste est en train de se dégager pour découvrir comment l’entreprise a pu réussir une si bonne affaire: la Kushner Cos a menti dans les documents qu’elle a fournis à la ville de New York. Elle a prétendu qu’elle ne comptait aucun locataire protégé dans ses nombreux immeubles, alors que dans les faits, il y en avait plusieurs centaines.

Si aucun des documents remis au cours de cette période de trois ans ne comportait la signature personnelle de Jared Kushner, le chef de la direction de l’entreprise, ceux-ci ouvrent une fenêtre sur l’éthique, ou le manque d’éthique, de l’empire qu’il dirigeait avant de devenir l’un des plus fidèles conseillers du président américain.

«C’est de la rapacité dans toute sa nudité», commente Aaron Carr, le fondateur du Housing Rights Initiative, un groupe de défense des locataires, qui a examiné les documents avant de les remettre avec l’Associated Press.

«Le fait que cette entreprise falsifiait tous ces documents démontre une tentative sordide d’éviter l’imputabilité et de réaliser un profit rapide sur son investissement», a-t-il ajouté.

La Kushner s’est défendue en affirmant que la préparation de ces documents avait été confiée à une partie tierce dont le travail est vérifié par un conseil indépendant. «Si des erreurs ou des violations aux règles ont été commises, des mesures correctives seront prises sur le champ. La Kushner ne niera à aucun locataire son droit à la procédure officielle», a-t-elle déclaré. L’entreprise a ajouté qu’elle avait rénové des milliers d’appartements au cours des 30 dernières années et que peu de plaintes ont été déposées contre elle.

Mais dans les trois immeubles situés dans le quartier d’Astoria, la Kushner Cos a coché, en 2015, sur la demande de permis de construction, la case indiquant que les immeubles n’étaient habités par aucun locataire protégé. Les déclarations des revenus soumises quelques mois plus tard par l’ancien propriétaire indiquent qu’en réalité, les immeubles comptaient 94 appartements où vivait ce type de locataire.

La Housing Rigts Initiative a découvert que la Kushner avait menti dans au moins 80 demandes de permis de construction pour 34 immeubles à New York de 2013 à 2016. Chaque fois, l’entreprise prétendait ne pas avoir de locataire protégé. Mais, ce que démontraient plus tard les déclarations de revenus, c’est qu’il y avait plus de 300 appartements protégés. Presque toutes les demandes étaient signées par un employé de l’entreprise, parfois même par son directeur des opérations.

Si l’entreprise avait joué franc jeu, ses travaux auraient été plus surveillés par l’administration municipale. Elle aurait même pu recevoir des inspections-surprises visant à l’empêcher de harceler les locataires pour les amener à déguerpir.

Mais les locataires des immeubles ont déclaré à l’Associated Press qu’ils ont dû endurer des travaux intensifs, avec le bruit, la poussière, les fuites d’eau les accompagnant. Selon eux, il ne s’agissait que d’une tactique de harcèlement dont le but était de les faire partir et de les remplacer par des locataires plus riches.

«C’était bruyant. Il y avait des plaintes. J’avais des souris», a raconté Rudolph Romano, un facteur. Il a dit avoir subi une hausse de loyer de 60 pour cent, ce que conteste la Kushner Cos qui dit que celle-ci avait été exigée par l’ancien propriétaire.

«Ils ont fait place nette. J’ai vu l’ensemble de l’immeuble s’en aller», se souvient M. Romano.

Les déclarations de revenus indiquent que le nombre d’appartements protégés a chuté de 94 à 25 en un an.

Selon un conseiller municipal de New York, Ritchie Torres, qui envisage de lancer une enquête sur les demandes de permis, «les Kushner semblent s’être servis des travaux de construction comme une arme».

Soumettre des fausses déclarations aux autorités municipales est un délit qui expose son auteur à une amende maximale de 25 000 $. Selon des experts du marché immobilier, cette pratique entraîne peu de conséquences pour leurs auteurs, l’administration municipale préférant leur exigeant plus tard de corriger leurs demandes.

Le Service d’habitation de New York n’a pas commenté cette affaire. Il a dit avoir puni un entrepreneur qui a menti sur des demandes alors qu’il travaillait dans deux des immeubles en question. L’affaire fait présentement l’objet d’une enquête par un comité contre le harcèlement des locataires.

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