Getty Images Cinq ans après la mort du président Hugo Chávez, le Venezuela traverse une crise économique et sociale sans précédent, en partie attribuable à la chute des cours du pétrole, dont il tire 96% de ses revenus.

Cinq ans après la mort d’Hugo Chávez et 20 ans après le début de la Révolution bolivarienne, le Venezuela est aux prises avec une grave crise sociale et économique. La puissance énergétique, qui possède 298 milliards de barils de réserve prouvés d’hydrocarbures, traverse une période de récession et d’hyperinflation, et de nombreux Vénézuéliens continuent de quitter le pays.

Avant l’arrivée au pouvoir du successeur de Chávez, Nicolás Maduro, et après la mort du Comandante en mars 2013, le prix du pétrole avait déjà commencé à fléchir. Les opposants du régime soulignent que les mauvaises décisions économiques se sont accumulées, menant le pays à sa perte. Maduro réplique en affirmant que le pays est plutôt victime d’une guerre économique dirigée par les Américains et par l’opposition, qui souhaitent le renverser et effacer l’héritage de Chávez et de la Constitution bolivarienne.

Ce que Maduro appelle une «attaque impérialiste» se traduit par des sanctions économiques imposées par le gouvernement américain. Ces sanctions, qui seraient le résultat de la convocation d’une assemblée constituante et de l’absence d’élections libres et transparentes, se font sentir dans tout le pays.

Plus pauvre
Depuis la mort de Chávez, le Venezuela est plus pauvre et plus vulnérable. C’est une des conclusions d’une étude menée par des chercheurs indépendants. Cette enquête démontre que la pauvreté extrême est passée, en quatre ans, de 23,6 à 61,2%. L’indice de pauvreté, basé sur le revenu par ménage, s’élève à 87%.

La crise économique est la principale préoccupation du peuple vénézuélien. Les manifestations de 2017 étaient politiques, mais elles n’ont pas empêché Nicolás Maduro de consolider son pouvoir et d’imposer son assemblée constituante, déclarée inconstitutionnelle par l’opposition. La dissidence ayant été neutralisée, le combat s’est poursuivi sur les marchés.

«Tout est très cher. Je dois multiplier les emplois pour mettre du pain sur la table.» – Alexander Rondón, commerçant

Aujourd’hui, les manifestations se concentrent sur le manque de nourriture et de médicaments ainsi que sur le fort coût de la vie. L’Observatoire sur la violence du Venezuela a remarqué qu’en janvier dernier, 714 manifestations ont été tenues dans le pays. C’est une moyenne de 24 par jour, une hausse de 86% par rapport à janvier 2017.

Les Vénézuéliens, particulièrement les jeunes diplômés, sont de plus en plus nombreux à s’exiler. Une étude récente de l’organisme Consultores 21 révèle que plus de quatre millions de Vénézuéliens ont quitté le pays depuis la Révolution bolivarienne, particulièrement dans les cinq dernières années. Au total, 29% des familles comptent à l’heure actuelle des membres qui vivent hors des frontières.

Visions opposées
À Caracas, la capitale, Métro a eu la chance de discuter avec plusieurs Vénézuéliens.

Pour Alexander Rondón, un commerçant de 41 ans, Chávez manque au pays, particulièrement son charisme, son amour des gens et son leadership. «Je suis sûr que si le Comandante était encore en vie, la crise économique ne serait pas aussi marquée. Avant, je gagnais ma vie avec le café que je vendais dans la rue. Aujourd’hui, c’est impossible.»

Il critique sans gêne le gouvernement de Nicolás Maduro mais se défend de renier la révolution. «Ce n’est pas la faute de la révolution de Chávez mais bien de Maduro et de son entourage. Ils ne font pas du bon travail, insiste-t-il. Il n’y a plus de nourriture, plus de médicaments. Les gens ont faim. Quand Chávez était là, nous mangions. Je n’ai pas l’intention de voter pour Maduro, ni pour l’opposition, d’ailleurs. Je ne me fais pas à l’idée de devoir voter pour une autre personne que le Comandante.»

M. Rondón dit qu’il quitterait le pays s’il le pouvait. Il pourrait travailler honnêtement et envoyer de l’argent pour sa fille de deux ans. «Je ne peux même pas acheter de lait pour elle. Quand Chávez était en vie, j’ai eu la chance de voyager à Cuba pour suivre des formations. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Maduro ne pense qu’à lui et à sa garde rapprochée.»

«Le régime de Chávez ne fonctionnait pas. C’est la même chose avec Maduro.» – Krysthian León, ingénieur

Krysthian León, un ingénieur de 43 ans, se décrit comme un opposant radical et n’hésite pas à parler du système communiste comme d’un échec. «Le régime de Chávez ne fonctionnait pas. C’est la même chose avec Maduro. Les gens quittent le pays. Il n’y a pas d’avenir et de pays possibles avec le communisme au pouvoir», dit-il.

Il poursuit en affirmant que Chávez a «bien mal» géré les ressources qui entraient au pays pendant ses 13 ans à la tête du Venezuela: «L’héritage de Chávez, c’est un pays pauvre, résultat d’une philosophie communiste et socialiste.» L’ingénieur a aussi une bien mauvaise opinion de Maduro.

Sur la Plaza Bolivar, à Caracas, Métro s’est aussi entretenu avec Carmen Rosa, une grand-mère de 78 ans qui dit penser à Chávez tous les jours. «Le Comandante nous a quittés trop vite. Personne n’aimera le peuple comme lui. Personne ne tendra la main aux personnes âgées. Grâce à lui, j’ai ma pension. Chávez nous respectait.»

Elle dit qu’elle offrira un vote de confiance à Maduro lors de l’élection présidentielle du 22 avril: «Il fait l’impossible pour s’assurer que nous puissions manger. Les Américains et l’opposition ne le laissent pas diriger. Il doit se défendre.»

Mme Rosa reconnaît que l’économie est dans un piteux état et que tout est très cher. Elle croit que dans le parti au pouvoir, «il y a des gens qui nuisent à la révolution».

«Ils ne comprennent pas que Maduro est président parce que Chávez le voulait ainsi, lance-t-elle. Je n’aime pas Diosdado Cabello [le n° 2 du gouvernement]. Je crois qu’il est jaloux de Nicolás et qu’il met des bâtons dans les roues du gouvernement.»

Quelques kilomètres plus loin, nous avons rencontré Trina Parry, 82 ans. Elle se décrit comme la «grand-mère des shamans de la résistance» et participait à une journée de manifestation, à l’est de la capitale.

Mme Parry dit que l’héritage de Chávez, c’est la famine que subit aujourd’hui la population. «S’il était encore vivant, la situation serait la même, voire pire. Il était un mauvais dirigeant, croit-elle. Tout l’argent qui est entré au pays est allé aux Cubains.»

«Rien n’a changé»

Cinq ans après la mort de Chávez, le Venezuela est loin des idéaux de justice sociale défendus par l’ancien président, croit l’analyste politique Daniel Varnagy. «Sa volonté de s’accrocher au pouvoir indéfiniment et d’incarner l’âme du pays a rendu son projet totalitaire et radical. La frange la plus nécessiteuse de la population a été oubliée», souligne-t-il.

Il affirme que l’héritage de Chávez est la militarisation et la destruction de la démocratie.

M. Varnagy considère que «Maduro a été choisi par Chávez pour poursuivre son projet bolivarien, et ce, à n’importe quel prix. Son successeur défend ce projet. C’est pourquoi tout changement, aussi minime soit-il [dans les politiques économiques par exemple], n’est pas permis.»

Ce professeur à l’université Simón Bolívar ajoute que «Maduro souhaite poursuivre l’héritage d’Hugo Chávez. C’est pourquoi il s’enchaîne à la dimension religieuse et mythique de l’homme politique décédé».

Chávez a manqué l’occasion de stimuler l’économie du Venezuela, considère pour sa part l’analyste financier Henkel García. Selon lui, il a mal géré, à partir de 2007, la fluctuation des prix du pétrole.

«Pendant le règne de Chávez, on s’est concentré sur le contrôle des prix et des échanges ou encore sur les importations, au détriment de la productivité intérieure. Maduro a hérité d’un lourd fardeau», explique-t-il.

Pour M. García, l’héritage économique de Chávez est l’endettement, la faible production de pétrole et une importante dette extérieure, «sans doute issue des sanctions économiques américaines et de l’hyperinflation. Ces deux choses étaient imprévisibles, mais la crise économique ne l’était pas».

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