Dominique Faget/AFP Des manifestants protestant à Paris en 2016 contre l’usage de la peine de mort en Iran.

Les exécutions judiciaires sont en baisse dans le monde, selon le 41e rapport d’Amnistie internationale (AI) rendu public aujourd’hui. La directrice par intérim d’AI au Canada, Genevière Paul, affirme que, malgré les progrès accomplis, du travail reste à faire pour que la peine de mort soit abolie partout.

Amnistie internationale (AI) semble être optimiste quant à l’abolition de la peine de mort. Qu’est-ce qui vous permet de croire cela?
Globalement, il y a une tendance à la baisse par rapport au nombre d’exécutions, mais aussi au nombre de condamnations à mort. Donc, on va vers l’abolition de la peine de mort. Par rapport à l’année dernière, il y a 4% moins d’exécutions et 17% moins de condamnations à mort, il y a des avancées qui sont faites.

Il reste beaucoup trop d’exécutions – 993 dans 23 pays et plus de 20 000 personnes dans le couloir de la mort –, mais à l’échelle mondiale, on est dans un contexte de baisse. Une des tendances qu’on fait ressortir, ce sont les efforts qui sont faits par les États de l’Afrique subsaharienne.

Qu’est-ce qui explique qu’un pays prenne la décision d’abolir la peine de mort?
Certains États réalisent que ce n’est pas la solution, et ça, les études le démontrent : il n’y a pas de preuve que la peine de mort ait un effet dissuasif sur la criminalité. Il y a des gouvernements qui utilisent la peine de mort comme un moyen de montrer qu’ils font quelque chose, pour créer une fausse impression de sécurité.

Photo: Josie Desmarais/Métro

On prône toujours un système de justice efficace qui favorise la réhabilitation, parce que c’est démontré que c’est efficace. La peine de mort, non seulement ce n’est pas efficace, mais c’est irréversible. Donc, on prône d’autres réponses face à la criminalité pour s’assurer que les populations vivent en sécurité.

Est-il difficile de faire respecter les traités en faveur de l’abolition de la peine de mort lorsque les États-Unis la pratiquent toujours?
Sur le plan des droits humains, ce ne sont pas les États-Unis qui sont l’arbitre mondial, y compris en matière de peine de mort. Les exécutions y ont légèrement augmenté, on est passé de 20 à 23 en 2017, mais ça demeure des chiffres qui sont historiquement bas.

On est très préoccupés par les déclarations de Donald­ Trump, mais aussi du procureur général Jeff Sessions, voulant que la peine de mort puisse être une solution à la crise des opioïdes. Ce n’est pas la solution pour régler une crise de santé publique.

Est-ce qu’il y a une dimension culturelle à la peine de mort? Serait-il considéré comme néo-colonialiste d’aller demander son abolition dans d’autres pays?
C’est un argument qui est mis de l’avant par certains gouvernements qui sont réticents à abolir la peine de mort, mais ce qu’on constate c’est que, dans les 106 pays qui l’ont abolie, on trouve des populations diverses de cultures différentes; donc la diversité n’est pas un frein pour abolir la peine de mort.

Les droits humains sont universels et on travaille avec des gens sur le terrain qui soutiennent ça, et c’est ce qui fait la force du mouvement et qui fait que c’est ancré dans le principe d’universalité des droits. Si on ne travaillait pas avec des acteurs locaux, on ne le ferait pas.

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