Susan Walsh Susan Walsh / The Associated Press

PARIS — L’hostilité envers les journalistes est en hausse à travers le monde et est souvent alimentée par les leaders politiques, même dans des pays démocratiques, a dénoncé mercredi Reporters sans frontières (RSF).

Le Classement mondial de la liberté de la presse 2018, qui évalue chaque année la situation du journalisme dans 180 pays, relève un climat de haine de plus en plus marqué, surtout dans les anciennes républiques soviétiques, mais aussi dans des pays comme les Philippines et les États-Unis.

RSF prévient que «de plus en plus de chefs d’État démocratiquement élus voient la presse non plus comme un fondement essentiel de la démocratie, mais comme un adversaire pour lequel ils affichent ouvertement leur aversion».

Le groupe mentionne spécifiquement le président américain Donald Trump. Il souligne aussi les meurtres récents de journalistes en Slovaquie et à Malte, deux pays membres de l’Union européenne. RSF ajoute que des régimes autoritaires essaient d’exporter leur «vision» d’une presse docile et obéissante.

Les discours de haine envers les journalistes sont relayés et amplifiés sur les réseaux sociaux, souvent par des armées de trolls en Inde, en Russie et ailleurs, dit RSF.

La porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Huckabee Sanders a dit qu’il était «ridicule» de laisser entendre que le président Trump ou son administration ont nui à la liberté de presse.

«Je crois que nous sommes l’une des administrations les plus accessibles depuis des décennies. J’estime que ma seule présence devant vous à prendre vos questions, sans filtre, est un exemple plutôt probant de liberté de la presse», a-t-elle affirmé.

La Norvège conserve la première place du classement, devant la Suède et les Pays-Bas. Le Canada arrive au 18e rang, en progression de quatre places depuis 2017.

Le premier ministre Justin Trudeau a beau se présenter comme un farouche défenseur d’une «presse libre», ses deux premières années au pouvoir ont été très décevantes sur ce plan, estime RSF.

Un journaliste de Vice fait toujours face à une décision de justice l’obligeant à remettre à la Gendarmerie royale du Canada l’intégralité de ses communications avec une de ses sources.

Un autre journaliste, travaillant pour TheIndependent.ca, est visé par des accusations civiles et pénales pour avoir couvert des manifestations dénonçant un projet hydroélectrique, souligne l’organisation de défense de la presse.

Toutefois, selon RSF, «l’État a tâché de remédier à cette situation par des actions concrètes». L’adoption en octobre dernier de la Loi sur la protection des sources journalistiques explique en partie la progression du Canada de quatre places dans le classement.

Reste à savoir comment cette nouvelle loi «bouclier» sera appliquée, notamment dans le cas de la journaliste d’investigation de Radio-Canada Marie-Maude Denis, qui a été sommée en mars par la Cour supérieure du Québec de révéler des sources confidentielles, souligne RSF.

Concernant le Québec, le groupe rappelle qu’une commission d’enquête a été établie pour examiner la mise sous surveillance de plusieurs journalistes par la police.

RSF relève aussi la fermeture de plus de 40 journaux indépendants comme une atteinte grave à la pluralité des médias au Canada.

«Une démocratie comme le Canada devrait être dans le « top 3 », ne devrait pas être en 18e place, encore moins en 22e place comme c’était le cas l’an dernier», a commenté en entrevue le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux.

M. Giroux a dit croire que le Canada «a encore énormément de travail à faire pour pouvoir prétendre être un pays transparent».

«Nos pistes de solution sont une plus grande transparence des élus, des gouvernements, et ça commence par une vraie loi d’accès à l’information fédérale. Selon moi, ça va demander une plus grande transparence d’autres organismes, je pense aux tribunaux par exemple, une plus grande transparence des corps policiers», a-t-il fait valoir.

———————

Sur internet:

https://rsf.org/fr/classement

https://rsf.org/fr/canada

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!