Les doutes semblent se confirmer: l’Afrique pourrait se séparer en deux continents. Une faille importante de plusieurs kilomètres est apparue au Kenya, dans la vallée du Rift, en Afrique orientale, plus tôt cette année. Métro s’est intéressé au phénomène.

Le mouvement des plaques tectoniques en Afrique est étudié depuis de nombreuses années. Des géologues d’un peu partout sur la planète ont confirmé que le continent pourrait un jour se «briser». Même si la chose ne pourrait se produire que dans des dizaines de millions d’années, la faille qui est apparue au Kenya cette année prendra peu à peu de l’ampleur.

Le plus petit des deux nouveaux continents comprendra la Somalie et des parties du Kenya, de l’Éthiopie et de la Tanzanie, alors que le plus gros sera composé du reste de l’Afrique. Un nouvel océan pourrait ainsi naître entre les deux.

La Corne de l’Afrique, qui comprend Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, fait partie de la vallée du Rift, une large bande d’environ 6000 km qui s’étire de la plaine de la Bekaa du Liban, au Proche-Orient, jusqu’au Mozambique, dans le sud-est de l’Afrique.

Son activité tectonique a débuté il y a environ 40 millions d’années, lorsque la mer Rouge, entre l’Asie et l’Afrique, a commencé à s’installer. La portion de l’Afrique de l’Est qui se déracinera peu à peu du continent devrait dériver vers l’océan Indien.

Toutefois, les chercheurs indiquent qu’il ne faut pas trop s’inquiéter, puisque le mouvement demeurera très lent aux yeux des humains.

«Ça n’affectera pas la vie en Afrique dans les prochains 10 millions d’années», souligne Kent C. Condie, professeur de géochimie à l’université New Mexico Tech, aux États-Unis.

Nouvelles «frontières tectoniques»
Ce qui se déroule lentement dans la Corne de l’Afrique redéfinit les frontières des plaques tectoniques. Les plaques sont rigides. Lorsqu’elles bougent, elles interagissent entre elles, mais elles ne se déforment pas, sauf à leurs extrémités. Là, les changements sont importants.

Les plaques divergent (s’éloignent), convergent (se rejoignent) ou glissent latéralement les unes sur les autres, ce qui entraîne une activité volcanique ou sismique.

«Dans le cas qui nous occupe, deux plaques divergent, elles s’éloignent l’une de l’autre, explique Jason Kaiser, professeur de géologie à la Southern Utah University, aux États-Unis. C’est un phénomène continu, qui se déroule depuis des millions d’années.»

«Dans des millions d’années, la Corne de l’Afrique sera complètement détachée du reste du continent. Il se formera alors un océan entre les deux régions. Ça peut sembler très loin de nous, mais à l’échelle géologique, c’est plutôt rapide», poursuit le professeur.

«Souvent, ces changements affectent la direction des plaques plutôt que de les stopper, dit M. Kaiser. Les gens ne s’en rendront pas compte, car le phénomène s’étalera sur de nombreuses années. La localisation des volcans et leur intensité pourraient changer. Encore une fois, nous parlons d’un changement à très long terme.»

Le redécoupage des plaques est très commun sur Terre. L’océan Atlantique, par exemple, prend de l’expansion à cause de plaques divergentes qui éloignent l’Europe et l’Afrique des Amériques. Cette faille dans l’Atlantique est visible au-dessus du niveau de la mer en Islande.

La Corne de l’Afrique: symbole de la crise
Selon des calculs effectués par l’Union européenne, environ 19,2 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire vivent dans la Corne de l’Afrique. De plus, 5,4 millions d’enfants souffrent de malnutrition et 5,9 millions de personnes ont été déplacées à cause de la sécheresse ou d’un conflit armé.

Trois autres régions aux plaques actives

Kent C. Condie, professeur de géochimie à l’université New Mexico Tech, explique à Métro comment le mouvement des plaques tectoniques affecte d’autres parties du monde. 

Vallée du Rio Grande (Amérique du Nord)

Cette zone de rift continentale s’étend du centre du Colorado, au nord, à l’État mexicain de Chihuahua, au sud. «Il serait peu probable que cette zone sépare un jour le continent nord-américain en deux», souligne M. Condie. 

Lac Baïkal (Russie)

«Voici un autre exemple de zone active, affirme le professeur. Ce lac est sur une zone de rift qui a coulé au cours des derniers millions d’années. C’est pourquoi c’est le lac le plus profond au monde.»

Golfe de Californie (Mexique)

«La Basse-Californie faisait autrefois partie du Mexique continental. Elle a dérivé il y a 10 ou 15 millions d’années, explique l’expert. Le golfe de Californie continue de s’élargir, car la Basse-Californie dérive vers le nord à cause de la faille de San Andreas, située sur son flanc est. Un jour – probablement dans des millions d’années –, elle pourrait atteindre l’Alaska.»

Doit-on s’inquiéter?

Entrevue avec Kent C. Condie, professeur de géochimie à l’université New Mexico Tech.

Le mouvement des plaques pourrait-il un jour cesser?
Oui. À mesure que la Terre se refroidira, les plaques tectoniques cesseront de bouger. Le phénomène débutera dans les zones de subduction qui se «barreront».

Les crêtes médio-océaniques cesseront alors de produire de la croûte océanique. La Terre deviendra «stagnante», un peu comme Mars. Il est difficile de prévoir comment cela affectera la vie sur Terre (s’il y a encore de la vie à ce moment).

L’activité volcanique cessera éventuellement; l’eau et le cycle du carbone seront affectés, tout comme le climat. Le stockage du carbone périclitera et la photosynthèse ralentira – ou stoppera, ce qui sera la première étape de l’élimination de toute vie (ou presque) sur la planète.

Doit-on s’inquiéter?
Il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour le moment. Il faudra des milliards d’années pour que les plaques tectoniques cessent de bouger. Et quand cela arrivera, il n’y aura peutêtre déjà plus de vie sur Terre!

Quelles leçons avons-nous tirées des recherches dans la Corne de l’Afrique?
En étudiant les mouvements de la Corne de l’Afrique et d’autres régions de l’Afrique de l’Est, nous en avons appris beaucoup sur la façon dont les tremblements de terre surviennent lorsque les continents commencent à se séparer.

Nous pourrons mieux prédire quand et comment les séismes se produiront. Des avancées majeures ont d’ailleurs été réalisées le long de la faille de San Andreas au cours des 10 dernières années. Aujourd’hui, nous pouvons lancer une alerte une ou deux minutes avant certains séismes, ce qui laisse le temps aux gens de se mettre à l’abri, du moins dans certaines régions.

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