AP Hugo Chavez

La communauté internationale voit peut-être Hugo Chavez comme un dangereux bouffon, mais le président du Vénézuela a prouvé une fois de plus qu’il sait comment gérer la machine politique.

Que peut-on prévoir maintenant que Chavez a été réélu? Métro s’est entretenu avec David Smilde, professeur de sociologie à l’Université de Géorgie, qui habite et étudie le Vénézuela depuis 20 ans.

Chavez était presque mort du cancer et on le tournait au ridicule sur la scène internationale. Comment a-t-il pu gagner?
Henrique Capriles Radonski, le candidat de l’opposition, a généré beaucoup d’enthousiasme et les médias privés l’appuyaient fortement. Mais Chavez dépense beaucoup d’argent sur les gens pauvres, qui apprécient l’aide et votent donc pour lui. Il leur ressemble, il parle comme eux. La population démunie sent qu’elle est la priorité de Chavez, ce qu’aucun dirigeant n’avait fait auparavant. Même son cancer n’a pas nui à sa popularité : se battre contre la maladie le présentait plus fort.

Chavez a financé ses dépenses avec les revenus du pétrole. Cela peut-il durer?
Le Vénézuela a d’importantes ressources naturelles issues du pétrole, ce qui générera beaucoup d’argent pour un certain temps. Même si le prix du pétrole ne semble pas vouloir baisser, les pays qui se basent sur un seul produit d’exportation, comme le Vénézuela, sont des économies vulnérables. Dans les dernières années, Chavez a dû emprunter de l’argent à la Chine pour financer ses projets. Le président vénézuélien ne peut plus augmenter ses dépenses publiques.

Pendant sa présidence, le Vénézuela s’est isolé internationalement en raison de l’alliance d’Hugo Chavez avec l’Iran. Est-ce que sa position l’a défavorisé aux yeux des électeurs?
Non. Sous le régime de Chavez, les relations se sont détériorées avec les États-Unis. D’un autre côté, les liens se sont fortifiés avec les autres pays d’Amérique latine et avec la Russie. Mais tout ça affecte peu le vote populaire. Les gens se soucient de l’économie. En effet, de plus en plus de pays d’Amérique latine voient apparaître des dirigeants de gauche qui ont le même style que Chavez.

Il y a maintenant plus de dirigeants de gauche en Amérique latine. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Chavez?
Principalement bonne. Lula au Brésil a été vu comme un rival, même s’il n’est pas un socialiste comme Chavez. Santos en Colombie est un peu un adversaire aussi. Mais en général, la montée de ces dirigeants est positive pour Hugo Chavez. Les pays latino-américains s’entraident.

Le pétrole, la santé… Quel est le plus gros défi de Chavez?
Son cancer. Je me doute que ça deviendra un problème dans les prochains mois.

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