Getty Une jeune Congolaise d'un camp ougandais

Depuis l’éclatement de la crise des réfugiés en Europe, il y a plus de deux ans, l’attention internationale s’est concentrée sur le sort incertain des migrants originaires de Syrie, d’Irak et de certains pays d’Asie ou d’Afrique. Mais les réfugiés qui proviennent d’autres régions du monde connaissent un parcours aussi difficile, sans avoir toutefois l’attention du reste de la planète.

Le déplacement par la force de milliers de personnes un peu partout dans le monde, résultat de violences et de persécutions politiques, est aujourd’hui un des problèmes sociaux les plus sérieux de la planète. Il y aurait aujourd’hui 65,6 millions de personnes déplacées de force, selon les plus récentes statistiques du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Ce déplacement majeur de populations a généré 22,5 millions de réfugiés, sortis de leurs pays avant d’être reconnus légalement par les États qui leur ont ouvert leurs frontières. Cependant, ce chiffre ne comprend pas tous ceux et celles qui n’ont pas encore de statut légal. En les prenant en compte, ce chiffre gonflerait de façon importante.

Si la crise des migrants en Europe a monopolisé la couverture médiatique et a capté l’attention du public de manière beaucoup plus importante, le continent vient seulement au troisième rang en matière d’accueil de personnes déplacées dans le monde, après l’Afrique et le Moyen-Orient, et devant l’Amérique et l’Asie-Pacifique. En ce qui concerne les pays qui reçoivent le plus de réfugiés, la Turquie arrive loin devant, suivie du Pakistan, du Liban et de l’Iran. Des pays africains comme l’Ouganda et l’Éthiopie sont aussi parmi les États qui accueillent le plus de réfugiés.

En fait, selon certains spécialistes, l’Afrique est considérée comme la région où on retrouve les plus graves problèmes liés au déplacement de populations. «Le nombre le plus important de personnes déplacées est en Afrique. C’est là également qu’on trouve les problèmes les plus sérieux en matière de réfugiés, car les zones sont moins sécuritaires et moins propices à accueillir un grand nombre de personnes en quête de sécurité», souligne Hilary Weaver, codirectrice de l’institut de recherche sur l’immigration et les réfugiés de la Buffalo School of Social Work.

Selon les chiffres du HCR, l’Afrique sub-saharienne compte 26% de la population mondiale de réfugiés. Le nombre de personnes déplacées et de réfugiés a bondi dans les dernières années, en partie à cause des crises incessantes en République centrafricaine, au Nigeria et au Sud-Soudan. De nouveaux conflits au Burundi et au Yémen entraînent également les mêmes conséquences.

La région de l’Asie et du Pacifique compte aussi quelques points chauds, avec un total de 3,5 millions de réfugiés, de 1,9 million de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et de 1,4 million de personnes apatrides, toujours selon les données du HCR. La majorité des réfugiés viennent de l’Afghanistan et du Myanmar.

«Au-delà de l’Afrique, il existe de nombreux problèmes de sécurité. C’est le cas en Asie, particulièrement au Myanmar et au Bhoutan», ajoute Mme Weaver.

L’Amérique latine n’échap­pe pas non plus à la crise. Dans ce coin du monde, le déplacement de populations est surtout causé par les violences liées au crime organisé et aux groupes armés ainsi qu’aux problèmes politiques et économiques. Selon le HCR, environ 8 millions de personnes avaient été déplacées ou auraient trouvé asile aux États-Unis, au Mexique et au Costa Rica en 2017.

La Colombie, tout comme des pays d’Amérique centrale (le Salvador – ravagé par les violences des groupes criminels – et le Venezuela – où la crise économique a forcé le déplacement de milliers de personnes) sont les points chauds du continent identifiés par les spécialistes de la question.«Année après année, le nombre de personnes déplacées, de réfugiés et de demandeurs d’asile dans le monde continue de grimper, s’alarme Francesca Fontanini, porte-parole du HCR pour l’Amérique. C’est le cas en Amérique latine, à cause de la violation des droits humains, de la violence et des conflits.» L’Amérique centrale voit de plus en plus de demandeurs d’asile qui souhaitent migrer vers d’autres pays de la région. Ils et elles fuient à cause des pressions et de la violence des groupes criminels, comme Maras Salvatrucha, qui forcent les gens à quitter leur maison et, dans bien des cas, à traverser la frontière.»

«Toutes les régions du monde aux prises avec des conflits, des catastrophes naturelles, une famine, la sécheresse ou encore la répression sont des endroits que des gens voudront fuir, explique Robert Barsky, professeur à la faculté des arts et des sciences et à la faculté de droit de l’université Vanderbilt et spécialiste des réfugiés et de l’immigration. La soi-disant crise européenne n’est en ce sens que la pointe de l’iceberg, dans le sens où elle met en scène seulement les réfugiés qui viennent de loin et qui ont réussi à atteindre les frontières du continent. La plupart des réfugiés n’ont pas les moyens, l’information et les intermédiaires nécessaires pour se rendre jusqu’en Europe, alors ils traversent leur frontière vers un pays voisin dans l’espoir d’y trouver un lieu plus sûr.»

Fuir la persécution

Entrevue avec Robert Barsky, professeur à l’université Vanderbilt, à Nashville, et spécialiste des réfugiés et de l’immigration

À l’extérieur de l’Europe, quelles sont les régions les plus touchées par la crise des réfugiés?
Quelques-unes des crises les plus sérieuses ont cours au Yémen, au Sud-Soudan, au Venezuela, au Myanmar et en Amérique centrale. Des calamités continuent de générer des migrants très vulnérables en Syrie, en Afghanistan, en Irak, en République démocratique du Congo, en Amérique centrale et ailleurs.

Que pouvez-vous dire des la crise en Amérique latine, dans des pays comme le Venezuela et le Salvador?
L’érosion de l’économie vénézuélienne a entraîné des problèmes majeurs pour la population. Le nombre de personnes qui sortent du pays avec le simple espoir de survivre est astronomique. Certains experts prédisent que la crise sera aussi terrible qu’en Syrie. L’Amérique centrale continue de générer des vagues de réfugiés qui souhaitent fuir les violences dues aux gangs, en plus d’autres facteurs. Une bonne partie des problèmes sont attribuables à l’interventionnisme américain, l’arrestation et l’emprisonnement de réfugiés et les dangereuses prises de position sur les affaires intérieures en Amérique centrale, ce qui a poussé des personnes à fuir, avant de se faire arrêter, incarcérer et déporter.

Certaines crises de réfugiés sont-elles moins connues…
Les crises du Yémen, du Sud-Soudan, de l’Amérique centrale et du Congo, entre autres, ne font pas les manchettes, qui aident à braquer les projecteurs sur une situation. Les électeurs des pays qui pourraient accueillir des réfugiés de ces pays votent pour des politiciens qui promettent des mesures draconiennes, des murs et la criminalisation de ceux et celles qui exercent leur droit légal à trouver refuge chez eux pour fuir la persécution.

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