Andrew Medichini / The Associated Press Le pape François

Le pape François qui est allé samedi à Palerme afin de rendre hommage à un prêtre assassiné il y a 25 ans par la mafia sicilienne pour avoir cherché à tirer de ses tentacules des jeunes d’un quartier défavorisé, a martelé devant la population que les mafieux n’étaient pas des chrétiens.

«On ne peut pas croire en Dieu et être mafieux. Qui est mafieux ne vit pas en chrétien, car il blasphème avec sa vie le nom de Dieu-amour», a-t-il lancé dans une homélie en plein air dans le quartier du port de Palerme, le chef-lieu de la catholique Sicile, où l’attendait une foule dense de 100 000 personnes, selon les autorités locales. 

«Aujourd’hui, nous avons besoin d’hommes et de femmes d’amour, non d’hommes et de femmes d’honneur, de service et non d’abus», a-t-il plaidé, rappelant son appel aux mafieux : «Changez ! Arrêtez de penser à vous-mêmes et à votre argent, convertissez-vous !».

Il se fait ainsi l’écho d’un cri de colère de Jean Paul II à Agrigente, également dans cette île du sud de l’Italie, en mai 1993, quand le pape polonais avait demandé aux mafieux de Cosa Nostra de «se convertir». Les parrains siciliens avaient répondu deux mois plus tard par des attentats contre deux églises romaines.

Le pape François a aussi intimé samedi aux Siciliens d’agir, sans tout attendre de la société, sans fuir leurs propres responsabilités. «Aujourd’hui, choisissons-nous aussi une belle vie !», a-t-il dit.

La messe était consacrée samedi au prêtre des pauvres Giuseppe Puglisi, surnommé le «premier martyr de Cosa Nostra», qui avait été tué sur ordre de cette mafia sicilienne d’une balle dans la nuque le 15 septembre 1993, jour de ses 56 ans. 

Il était alors chargé depuis deux ans de la paroisse du quartier Brancaccio, dans la banlieue de Palerme, où il tentait par son engagement social d’arracher les jeunes à l’emprise de la drogue. Au grand dam des parrains du quartier.

«Je vous attendais», aurait-il dit, avec un sourire, avant de mourir sur le seuil du modeste immeuble où il était né.

Son assassinat était survenu dans un pays était encore traumatisé par les attentats qui venaient de coûter la vie aux juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Le prêtre «ne vivait pas pour se montrer, ne vivait pas d’appels antimafia, au contraire il se contentait de ne rien faire de mal, mais de semer le bien, tant de bien», s’est exclamé  le pape samedi à Palerme. «Don Pino savait ce qu’il risquait, mais il savait surtout que le vrai danger dans la vie est de ne pas prendre de risques et de vivoter», a-t-il estimé.

En 2012, Benoît XVI l’a reconnu «martyr» (tué par «haine de la foi») et en mai 2013, Don Pino avait été béatifié à Palerme.

Depuis son élection, François s’est attaqué frontalement aux mafieux, souvent pratiquants et bienfaiteurs des paroisses.

Dans la catholique Naples, le fief de la Camorra, il avait condamné en 2015 les organisations qui «exploitent et corrompent les jeunes, les pauvres et les défavorisés». 

«Comme un animal mort pue, la corruption pue, la société corrompue pue et un chrétien qui fait entrer en lui la corruption pue», avait-il lancé dans la banlieue misérable de Scampia, gangrénée par la Camorra, après avoir parcouru la ville en papamobile découverte sur 25 km.

Excommunier les mafieux

En Calabre, dix mois plus tôt, il avait appelé les catholiques à «combattre» l’ultra-puissante ‘Ndrangheta. 

«Ceux qui dans leur vie ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés», avait-il même déclaré, salué par un tonnerre d’applaudissements de 100 000 personnes.

L’excommunication est la peine plus sévère envisagée par l’Eglise catholique à l’encontre de ses membres.

Des évêques locaux ont déjà excommunié des mafieux, mais le Vatican envisage de se doter d’un document juridique d’une valeur universelle pour excommunier les mafieux, quel que soit leur pays d’appartenance.

Les relations entre l’Eglise et le crime organisé en Italie ont été souvent ambigües : patronage de processions religieuses par des mafieux, liens ou tentatives d’influencer des prélats, achat dans le passé de biens immobiliers du Vatican…

Dans le sud de l’Italie, des processions marquent encore parfois l’arrêt devant la maison d’un chef de clan local. Mais désormais ces pratiques sont davantage dénoncées.

Début 2017, l’évêque de Monreale, près de Palerme, s’était ainsi insurgé en apprenant que le fils en liberté conditionnelle de Totò Riina (le chef le plus sanguinaire de Cosa Nostra, mort en novembre 2017) avait pu prendre part à un baptême catholique en tant que… parrain.

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