AP Jamal Khashoggi

Un dissident saoudien réfugié au Québec s’est dit persuadé dimanche que les autorités de Ryad ont piraté son téléphone et écouté ses conversations avec le journaliste Jamal Khashoggi sur des projets communs hostiles au régime, peu avant sa disparition.

«J’en suis certain, ils ont écouté la conversation que j’ai eue avec Jamal et d’autres militants au Canada, aux États-Unis, en Turquie, en Arabie saoudite», a déclaré Omar Abdulaziz dans un entretien à la chaîne canadienne CBC. Le jeune homme a dénoncé à plusieurs reprises la situation des droits de l’Homme dans son pays d’origine et la façon dont Ryad a géré la crise diplomatique avec Ottawa, selon la chaîne.

Un rapport publié récemment par un laboratoire de l’université de Toronto a conclu que les autorités saoudiennes étaient «très probablement» responsables du piratage du téléphone du dissident au moyen de puissants logiciels espions vendus uniquement à des gouvernements.

Omar Abdulaziz a raconté qu’il travaillait sur plusieurs projets avec Jamal Khashoggi ces derniers mois, notamment une campagne visant à contrer la propagande prorégime de Ryad sur les réseaux sociaux.

«Jamal m’a promis de parrainer le projet et je suppose qu’ils pouvaient écouter ces conversations», estime M. Abdulaziz, qui craint que le piratage de son téléphone ait contribué à l’arrestation et au meurtre présumé de Jamal Khashoggi. «J’ai dit aux autorités canadiennes que c’était quelque chose de grave». «Sa voix était un casse-tête pour le gouvernement saoudien», a ajouté M. Abdulaziz, arrivé au Québec en 2009 pour y étudier avant d’y obtenir l’asile politique.

Aujourd’hui étudiant à Sherbrooke, il se sent en sécurité au Canada. «Seulement voilà: il y a beaucoup de gens qui m’ont contacté qui sont vraiment en danger pour cette raison», ajoute-t-il. Début octobre, le jeune homme avait déjà confié à la chaîne CBC News qu’il craignait pour ses interlocuteurs en raison du piratage de son téléphone.

Ses deux frères et plusieurs de ses amis ont été récemment emprisonnés par les autorités saoudiennes, selon la chaîne. Omar Abdulaziz dit avoir parlé pour la dernière fois à M. Khashoggi le 28 septembre. Le 2 octobre, Jamal Khashoggi, qui collaborait notamment avec le Washington Post et s’est montré critique du prince héritier Mohammed ben Salmane, est allé au consulat saoudien à Istanbul chercher un document nécessaire à son futur mariage.

Quatre jours plus tard, des responsables turcs cités par les médias ont affirmé qu’il avait été tué dans ce bâtiment, des allégations aussitôt qualifiées d’«infondées» par l’Arabie saoudite.

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