The Associated Press

La bande de Gaza a connu une poussée de fièvre prolongée lundi jusque tard dans la nuit, l’armée israélienne ripostant lourdement à un barrage de centaines de roquettes palestiniennes lors d’hostilités ravivant le spectre d’un nouveau conflit dans l’enclave.

Au moins trois Palestiniens ont été tués dans ces échanges qui ont fait un mort et des dizaines de blessés du côté israélien, dont l’une se trouve dans un état critique.

Cette escalade est survenue après des mois de tensions qui font redouter une quatrième guerre en dix ans entre Israël et le Hamas qui gouverne sans partage l’enclave palestinienne sous blocus, coincée entre l’Etat hébreu, l’Egypte et la Méditerranée.

Rien ne permettait de dire lundi soir si ces tensions, comme de précédents épisodes, allaient retomber ou si l’escalade allait se poursuivre et faire avorter les efforts déployés depuis des semaines pour parer une nouvelle confrontation.

L’armée israélienne et la branche armée du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, ont échangé les mises en garde musclées. Les sirènes d’alerte ont retenti toute la soirée et jusque dans la nuit dans les localités israéliennes riveraines de la bande de Gaza, précipitant ou maintenant les résidents dans les abris. Les classes de mardi ont été annulées dans plusieurs communes et les habitants ont reçu pour instruction de ne pas s’éloigner des abris.

L’armée israélienne a mobilisé des renforts et des moyens significatifs et déployé des batteries antimissiles supplémentaires, a dit un porte-parole, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. Un journaliste de l’AFP a vu des tanks acheminés en direction de la bande de Gaza, une scène familière dans les périodes d’alarme.

“Nous sommes prêts à augmenter notre effort contre les organisations terroristes”, a dit Jonathan Conricus aux journalistes.

L’envoyé spécial de l’ONU Nickolay Mladenov a dit continuer à travailler avec l’Egypte voisine pour éloigner Gaza des “bords de l’abîme”. “L’escalade des dernières 24 heures est extrêmement dangereuse et inconsidérée”, a-t-il tweeté.

L’armée israélienne a indiqué avoir dénombré plus de 300 tirs de roquettes en provenance de Gaza, dont plus de 70 ont été interceptés selon elle par la défense anti-missiles.

Des dizaines d’Israéliens ont été légèrement blessés, essentiellement par des éclats, selon les secours.

La plupart des roquettes sont retombées dans des zones inhabitées, a indiqué l’armée, mais des bâtiments ont été directement touchés, dont l’un à Ashkélon.

Une femme a été d’abord été extraite dans un état critique. Puis les sauveteurs ont découvert dans les décombres la dépouille d’un homme qui n’a pas été identifié mais qui serait âgé d’une quarantaine d’années selon les médias, a indiqué l’organisation de secours United Hatzalah.

L’engrenage militaire a été enclenché en milieu d’après-midi quand un soldat israélien a été gravement blessé par un tir de missile antichar contre un car stationné près du kibboutz de Kfar Aza, non loin de la bande de Gaza au nord. Selon les secours, le jeune homme de 19 ans est dans un état critique.

L’armée israélienne a alors commencé à frapper dans Gaza et les roquettes ont commencé à partir.

En représailles , “les avions de combat, les hélicoptères d’attaque et les chars de l’armée israélienne ont pris pour cible plus de 70 positions militaires du Hamas et du Jihad islamique (deuxième force islamiste palestinienne) à travers la bande de Gaza”, a indiqué l’armée.

Au moins trois Palestiniens ont été tués par les frappes, a rapporté le ministère gazaoui de la Santé, qui a fait état de neuf blessés.

Dans la soirée, l’aviation israélienne a détruit le siège d’Al-Aqsa TV, la chaîne du mouvement islamiste Hamas, ainsi qu’un ancien hôtel abritant les bureaux de services de sécurité en plein centre de la ville de Gaza.

La bande de Gaza et ses alentours sont en proie depuis fin mars aux tensions entre Israël, le Hamas et ses alliés, qui ont culminé à de nombreuses reprises dans des flambées de violences jusqu’alors retombées au bout de quelques heures.

Un tel accès s’est à nouveau produit dimanche, lors d’une incursion à hauts risques des forces spéciales israéliennes qui a apparemment mal tourné.

Israël a parlé sans plus de précision d’une opération de collecte de renseignement. Les brigades al-Qassam ont, elles, évoqué l’opération clandestine de soldats progressant incognito dans l’enclave à bord d’une voiture civile palestinienne quand leur couverture a été percée à jour par une patrouille.

L’unité aurait pris la fuite sous les tirs de protection de l’aviation israélienne et aurait été évacuée auprès de la frontière par un hélicoptère israélien.

Sept Palestiniens, dont un commandant local de la branche armée du Hamas et cinq autres membres des brigades al-Qassam, ainsi qu’un lieutenant-colonel israélien ont trouvé la mort.

C’est le deuxième soldat israélien tué depuis fin mars. Au moins 231 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date.

Les brigades al-Qassam ont revendiqué le tir du missile antichar contre un car et les tirs de roquettes comme la réponse “au crime” de dimanche. L’armée israélienne n’a pas confirmé que le car transportait des soldats.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, rentré prématurément de Paris dimanche, a réuni le ministre de la Défense Avigdor Lieberman et les responsables de la sécurité. Aucune décision n’a été rendue publique après ces consultations.

Les signes d’une possible détente s’étaient pourtant succédé ces dernières semaines, comme le transfert la semaine passée de quinze millions de dollars versés par le Qatar, soutien de longue date du Hamas, pour payer au moins partiellement les fonctionnaires du Hamas.

L’opération allait de pair avec les efforts déployés depuis des mois par l’Egypte et l’ONU en vue d’une trêve durable entre Israël et le Hamas.

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