ONF Ma guerre est présenté ce vendredi à 20 h 30 à la Cinémathèque québécoise dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM

Qu’est-ce qui pousse des Occidentaux à quitter leur vie paisible et à aller se battre pour une cause qui n’est pas la leur? Julien Fréchette tente de comprendre leur psyché dans son film Ma guerre.

«Ma guerre» est en fait celle d’individus qui, de leur propre chef, ont choisi de grossir les rangs des forces armées kurdes pour combattre le groupe armé État islamique (EI).

C’est celle, notamment, de Wali et de Hannah, que le cinéaste a suivis lors de deux séjours, l’un au Kurdistan irakien, l’autre au Kurdistan syrien.
Le documentaire a été tourné en 2015 et en 2016. S’il ne sort qu’en 2018, c’est parce que le réalisateur a voulu prendre du recul et rencontrer ses protagonistes avant, pendant et après leur expérience militaire.

Cette distance a été essentielle selon lui, même si elle éloigne son film de l’actualité. «C’est surtout un documentaire à propos de la psychologie des personnes qui veulent aller au combat», soutient-il.

Ainsi, on est témoins de l’évolution des deux protagonistes. Alors que Wali garde la tête froide, au point de se demander s’il est «normal d’être resté normal» après la guerre, Hannah s’est forgé une carapace qui la rend très à l’aise de montrer ses photos de cadavres ennemis.

«Il y a des sujets qu’on cherche et il y en a qui nous tombent dessus. Celui-là m’est tombé dessus», indique le documentariste, qui présente Ma guerre pour la première fois au Québec dans le cadre des RIDM.

Depuis 2008, Julien Fréchette s’intéresse à la situation des Kurdes, peuple sans pays vivant à la frontière de la Syrie, de l’Irak, de la Turquie et de l’Iran.
Il y est allé une première fois en 2010 pour un tournage, mais il a manqué de financement pour mener son projet à terme.

«Puis est arrivé État islamique», laisse-t-il tomber. Du jour au lendemain, ce peuple en quête de reconnaissance, jusque-là essentiellement ignoré, s’est mis à jouer un rôle central dans le conflit international contre l’organisation terroriste. «Tout d’un coup, les Kurdes sont devenus nos alliés.»

Rapidement, Julien Fréchette est retourné sur le terrain pour terminer Kurdistan, de gré ou de force, qui montre l’état des lieux du point de vue kurde.
Sur place, il a fait la rencontre d’un combattant pas comme les autres. «Je l’ai regardé, il avait la tête rasée et des tatouages de l’unifolié canadien. Après avoir échangé, il s’est avéré qu’il venait de Toronto. C’était un des premiers Canadiens à être parti combattre auprès des Kurdes de son propre gré.»

Ce témoignage n’a pas trouvé sa place dans son premier film, mais il a allumé une étincelle chez Julien Fréchette.

De retour au Québec, le documentariste a senti «un vide intérieur, un sentiment d’impuissance. Probablement que je vivais un peu de stress post-traumatique», ajoute-t-il.

Julien Fréchette a repensé à ce Canadien rencontré au front. «J’ai voulu creuser ce réflexe humain, très paradoxal, de prendre les armes pour mettre fin à la guerre.»

Au même moment, un certain Wali (qui a adopté le surnom que lui ont attribué les Afghans lors d’une mission avec l’armée canadienne) commence à attirer l’attention des médias. L’ancien militaire fait notamment un passage remarqué à Tout le monde en parle.

«Wali a été le premier Québécois à dire: “J’y vais. Ceux qui veulent me suivre, go!”»

En parallèle, Julien Fréchette est entré en contact avec Hannah, une ex-mannequin sans expérience militaire, mais qui s’ennuie au Canada.

«S’il y a des volontaires pour rejoindre EI, il doit y en avoir pour les combattre», résume-t-elle dans le documentaire pour justifier son départ.

Mais pourquoi risquer sa vie pour une guerre qui n’est pas la sienne? Cette question hante le spectateur tout au long du film.

Après avoir côtoyé deux Canadiens ainsi que d’autres combattants occidentaux sur le terrain, Julien Fréchette se risque à avancer une réponse.

«L’être humain, à la base, fait des choses étranges, peu importe son orientation politique ou ses intérêts. On pourrait poser la même question aux gens qui pratiquent des sports extrêmes. Dans le cas des combattants, il y a l’idée de trouver un sens à sa vie. D’ailleurs, c’est aussi ce qui a motivé ceux qui sont allés se battre du côté d’EI.»

«Le film s’appelle Ma guerre parce qu’il montre un processus d’appropriation. Le choix d’aller se battre pour un pays étranger est très personnel.» – Julien Fréchette, documentariste

Bon nombre des combattants étrangers partis joindre les forces kurdes sont d’anciens militaires. Certains n’ont jamais connu d’autre quotidien que celui de la guerre. «Ça devient le seul mode de vie qu’ils connaissent», souligne le cinéaste.

Le cas d’un ex-militaire américain qui combat dans le même groupe que Wali est éloquent. Plein de culpabilité depuis son expérience sous l’administration Bush 10 ans plus tôt, il a senti le devoir de revenir, non pas pour «être le méchant qui vient envahir le pays, mais plutôt pour être le libérateur».

Trois ans après être allés au front, que sont devenus Wali et Hannah? Le premier, qui se définit dans le film comme un «citoyen-soldat», effectue présentement un retour aux études.

La deuxième est retournée au Kurdistan, cette fois pour y faire du travail humanitaire. «Elle s’est fait de très bons amis là-bas, elle est très
engagée auprès des Kurdes», commente Julien Fréchette.

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