getty Les passagers du métro de New York ont assisté sans agir à la mort d’un homme poussé sur les rails. Le journaliste qui a pris la scène en photo a quant à lui été conspué par les Américains.

Un petit instant après que Ki-Suck Han a été poussé sur les rails du métro, et quelques secondes avant sa mort, un photographe indépendant du New York Post a saisi une image des derniers moments de l’homme. Le New York Post a publié cette photo sur sa première page, provoquant l’indignation de plusieurs citoyens.

«Poussé sur les rails, cet homme va mourir. CONDAMNÉ» clame la une du journal. Cette image a été prise par R. Umar Abbasi, qui était au coin de la 49e rue Ouest et de la 7e avenue au moment du drame. Elle montre un homme frêle, tentant désespérément de remonter sur la plate-forme alors que le train Q s’approche dans l’ombre.

Naeem Davis, un suspect de 30 ans, s’est rendu lui-même à la police. Mais les gens sont davantage outrés par la décision du journal de publier l’image en une.

«C’est très triste, écrit Taj Washington dans un commentaire Facebook apparaissant sur le site internet du New York Post. Tous ces gens sur la plate-forme et PERSONNE (ni deux ni trois) n’a pu arrêter le fou et aider cet homme à remonter en sécurité? Le photographe qui a pris cette photo aurait dû avoir plus de jugement.»

«Ça m’impressionne qu’au-tant de gens n’aient pas essayé de sauver l’homme, a écrit Alicia Capozzi. Il a été poussé, il devait se relever, courir et essayer de grimper. Les mains des autres l’auraient sauvé. Quelle honte! Si le photographe avait eu le réflexe de jeter sa caméra à terre, il aurait pu le tirer de là. J’en suis certaine.»

Alors que plusieurs avancent que Ki-Suck Han aurait pu recevoir de l’assistance, le Dr Scott Bea, un psychologue de la clinique du campus de Cleveland, en Ohio, pense autrement. Il a expliqué à Métro le phénomène de «l’effet du témoin», aussi appelé la «diffusion de la responsabilité».

Ce phénomène très courant signifie que, plus il y a de personnes témoins d’un événement comme celui-là, moins elles seront portées à aider un étranger.

«La pression qui pousse les gens à prendre une responsabilité est diffuse dans un groupe, donc les individus sentent moins l’obligation d’aider», confirme Dre Elizabeth Waterman, une psychologue au centre de rétablissement Morningside à Newport Beach, en Californie.

Le terme psychologique a été forgé en 1964 quand Kitty Genovese a été tuée à New York. Plusieurs voisins auraient été témoins de l’attaque, mais aucun n’a appelé la police ni aidé la femme. Le Dr Bea ajoute que si R. Umar Abbasi avait été seul sur le quai, il est probable qu’il aurait choisi d’aider la victime au lieu de photographier l’incident.

M. Abbasi s’est défendu le lendemain dans les médias, disant qu’il avait pris des photos en utilisant le flash de son appareil en espérant que le chauffeur du métro le remarquerait et freinerait. Il a dit qu’il s’était passé seulement 22 secondes entre le moment où il avait entendu le cri et l’impact, ce qui était trop rapide pour qu’il puisse aider Ki-Suck Han. Il était trop loin et il s’est mis à courir vers le train avec sa caméra. Le photographe mentionne qu’il y avait plusieurs personnes qui étaient plus près de la victime, mais qu’elles ne faisaient rien pour l’aider.

«Au même moment, le criminel courait vers moi. J’avais peur qu’il me pousse également sur les rails», écrit-il dans un article du New York Post. R. Umar Abbasi dit qu’il a pu regarder les photos très tard dans la soirée et qu’il n’a pas réussi à dormir.

«Je crois que le photographe essaie de comprendre et de rationaliser son propre comportement face aux critiques qu’il a reçues à la suite de la publication de ses photos, explique le Dr Bea. Le public a une forte tendance à juger négativement ceux qui étaient présents, sans comprendre la nature puissante de ‘‘l’effet du témoin’’.»

Autre cas
En janvier 1999, Kendra Webdale a connu le même sort et une personne qui avait auparavant été hospitalisée pour une maladie mentale avait reconnu l’avoir poussée.

  • Après cet incident, l’État de New York a mis en place la Loi de Kendra
  • Celle-ci laisse les autorités superviser les malades mentaux qui ne sont plus institutionnalisés pour s’assurer qu’ils prennent leurs médicaments.
  • Le but est qu’ils ne soient pas une menace à la sécurité.

«Ils étaient en état de choc»

La Dre Elizabeth Waterman, psychologue au Centre Morningside Recovery en Californie, explique à Métro ce qui peut se passer dans la tête de personnes qui sont témoins ou qui ont entendu parler d’un événement tragique comme celui qui est arrivé dans le métro de New York.

Le photographe du NY Post prétend qu’il s’est passé 22 secondes entre le moment où l’homme est tombé et celui où il s’est fait frapper. Quelles raisons ont poussé les témoins à ne pas agir dans un si court laps de temps?
Ils étaient probablement en état de choc et essayaient d’analyser ce qui se passait devant leurs yeux. Il y a aussi ce qu’on appelle «l’effet du témoin» (voir l’article principal) qui joue un rôle important dans ce genre de situation.

Que pouvait-il se passer dans la tête des témoins qui regardaient la scène? Peuvent-ils subir un choc post-traumatique?
Le trouble de stress post-traumatique peut survenir après un tel événement, mais il n’a pas pu arriver durant les 22 secondes qu’a duré l’accident et n’a pas pu non plus faire en sorte que les gens n’agissent pas. Les symptômes doivent durer au moins un mois après un traumatisme pour qu’un diagnostic soit posé. Un trouble de stress aigu, quant à lui, peut être diagnostiqué moins d’un mois après un traumatisme.

Le photographe est montré du doigt parce qu’il n’a pas aidé la victime. Il est le seul témoin connu de l’accident, alors il est celui qu’on blâme pour ne pas avoir agi. Que peut-il se passer dans sa tête aujourd’hui?
Selon ses dires, il semblerait qu’il ait essayé de porter secours à l’individu sur les rails, mais je ne peux confirmer cette affirmation. Il a peut-être agi par instinct ou par automatisme.

Il prétend qu’il a pris une succession de photos rapidement pour que la lumière de son flash avertisse le conducteur du métro. Il soutient qu’il a fait sa part et que d’autres témoins étaient beaucoup plus près de la victime. Est-ce que blâmer d’autres personnes est une réaction commune dans ce genre de situation? Est-ce un mécanisme de défense?
Oui. Les gens ont tendance à blâmer les autres quand survient une tragédie. Cela réduit le sentiment de culpabilité.

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