Jemal Countess Angela Davis

La militante américaine Angela Davis est peut-être moins radicale dans les moyens, mais les propos sont intacts, trempés dans le vitriol. Métro a rencontré cette grande dame de l’histoire afro-américaine.

Peu de personnalités peuvent se présenter à une entrevue avec deux heures de retard sans qu’un journaliste quitte la petite salle où elle est attendue, au sixième étage de L’Astral. Angela Davis, qui apparaît souvent dans les textes aux côtés des Malcolm X et Martin Luther King, le peut.

Légende vivante qui a lutté activement pour les droits civiques dans les années 1960 et 1970, notamment aux côtés des Black Panthers, l’Afro-Américaine a troqué depuis longtemps les pancartes, les porte-voix et les coups d’éclat contre les livres, les essais et les conférences. Mais ses critiques de l’Occident sont toujours aussi vives. «Oui, il y a eu du progrès, et l’élection de Barack Obama montre que certains aspects du racisme ont été éliminés, mais d’autres empirent», note Angela Davis, de passage à Montréal en marge d’un spectacle à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

La situation dans les prisons, au cœur de ses écrits, illustre selon elle une discrimination profonde et structurelle. «Il y a un million de Noirs derrière les barreaux. C’est plus que le nombre d’esclaves dans les années 1850», illustre-t-elle.

La «libération des Noirs», cause pour laquelle elle s’est battue toute sa vie, lui a valu plusieurs mois d’emprisonnement, notamment pour enlèvement, meurtre et conspiration en 1971. Trouvée coupable d’avoir fourni des armes dans une tentative de libération d’un détenu noir, Angela Davis sera finalement acquittée en 1972, portée par une vague d’appuis internationaux.

Elle garde de cet épisode le souvenir d’une grande leçon de solidarité. «Qui aurait pu penser que j’obtiendrais justice et serais libérée alors que deux ultraconservateurs, Ronald Reagan et Richard Nixon, étaient respectivement gouverneur de la Californie et président des États-Unis? C’est ensemble que nous pouvons réussir.»

Mais ses doléances dépassent la question noire. L’oppression des Palestiniens, les affres de la colonisation et les ravages de l’impérialisme sont autant de sujets d’étude prisés par cette professeure de philosophie, qui, à l’aube de ses 70 ans, rêve encore de socialisme. «Lorsqu’il est question de santé pour tous, par exemple, le mot «socialisme» apparaît aussitôt, comme si c’était terrible. En quoi faut-il avoir peur de l’égalité? Nous avons besoin de plus de socialisme.»

Elle fonde beaucoup d’espoir en différents mouvements autour du monde, particulièrement les mouvements Occupy et le printemps arabe, qui ont, selon elle, réveillé les consciences.

Angela Davis se fait expéditive. Elle n’aime pas les entrevues, car elle a l’impression que son nom occulte le mouvement. «Je me fous que les jeunes générations sachent qui je suis. Par contre, je tiens à ce qu’ils connaissent le combat que nous avons mené», conclut-elle.

La naissance d’une panthère
Née à Burlingham dans une famille militante afro-américaine, Angela Davis est vite confrontée aux tensions ethniques, étant notamment victime des lois ségrégationnistes Jim Craw. Elle grandit dans un quartier surnommé Dinamyte Hill, en référence aux nombreux attentats raciaux qui y surviennent.

C’est lors de ses études à New York qu’Angela Davis se politise et développe ses intérêts pour le communisme, le féminisme et l’antimilitarisme. Elle participe activement à des manifestations et à des sit-in en faveur des droits civiques à Brooklyn. Dès 1962, elle entame des études supérieures au Massachusetts, qui la mèneront en France et en Allemagne. Le discours des existentialistes et les conférences des icônes noires James Baldwin et Malcolm X lui donneront des assises intellectuelles.

De retour aux États-Unis, elle s’associe au Black Panther Party, un mouvement noir révolutionnaire qui combat à la fois l’intégrationnisme et le séparatisme.

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