collaboration spéciale Le développement à Tanger augmente le taux d’activité des femmes, mais l’accroissement de la population crée de nouvelles problématiques pour sa sécurité.

Le développement économique de l’agglomération urbaine de Tanger, deuxième pôle industriel au Maroc, affecte la femme tangéroise. La multiplication des possibilités d’emploi crée en ville des conditions favorables à son émancipation, mais plusieurs nouvelles constantes font pression sur ces avancées.

Jeudi achalandé à l’Association Amna pour la protection des femmes et des enfants victimes de violence, basée à Tanger. «On reçoit beaucoup de femmes, mais aujourd’hui encore plus, puisqu’on a la consultation juridique avec l’avocate présente sur place», explique l’assistante sociale Isshane Mezaouri au bout du fil. Le nombre de femmes qui demandent de l’aide augmente d’année en année, assure l’intervenante.

La péninsule tingitane attire une foule de nouvelles entreprises étrangères, surtout depuis que le gouvernement multiplie depuis une quinzaine d’années les efforts et les investissements pour développer la région. Le chômage a chuté, et les femmes y sont plus actives. «Elles participent au niveau politique, au niveau de l’emploi, elles sont de plus en plus présentes dans tous les secteurs», poursuit l’assistante sociale, qui considère que c’est en ciblant le noyau familial que ces avancées se propagent à l’ensemble de la société.

L’Association Amna se concentre ainsi sur les cas de violences faites aux femmes dans un contexte conjugal. Une première enquête nationale du Haut-Commissariat au Plan (HCP) marocain sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes confirmait en 2009 l’ampleur des cas de violence psychologique – la forme d’agression la plus répandue– dans un contexte domestique. Les femmes au chômage seraient plus à risque – tendance que confirme le registre de consultation de l’organisme tangérois.

La chercheuse invitée à la Chaire de recherche du Canada en Islam, Globalisation et Pluralisme de l’Université de Montréal Roksana Bahramitash, qui revient notamment d’un séjour dans la capitale marocaine, Rabat, s’entend pour dire que l’accès à l’emploi pour les femmes dans les villes comme Tanger est un pas de plus vers la revendication de leurs droits. «C’est toujours mieux qu’il y ait des possibilités d’emploi, dit-elle, soulignant qu’en milieu rural, l’accès au travail rémunéré y est nettement moindre. Cependant, on ne peut pas assumer que les types de postes disponibles [à Tanger] sont idéals. Plusieurs d’entre eux sont probablement plus porteurs d’exploitation que d’émancipation.»

Harcèlement de rue en hausse
Au-delà de l’activité de la femme, plusieurs Tangérois s’inquiètent du harcèlement à son égard dans les lieux publics. Le journaliste tangérois Dani Thifa, qui vit maintenant dans le sud de l’Espagne, dit en faire le constat à chacun de ses séjours dans sa ville natale. «Il y a des gens qui essaient de draguer, ils ne laissent pas une femme tranquille. Et ça, c’est une culture très nouvelle pour les Tangérois», soulève-t-il.

Les nouvelles occasions d’emploi ont attiré grand nombre de Marocains du sud, mais aussi des Africains des pays voisins. Selon le dernier recensement, la population de Tanger serait passée de 526 215 à 727 000 habitants de 1994 à 2004. Plusieurs intervenants évaluent la population tangéroise actuelle à plus d’un million.

S’il se garde bien de tenir l’immigration pour responsable du harcèlement des femmes à Tanger, Dani Thifa croit que les autorités ont tort d’attribuer ce problème uniquement à l’urbanité. L’enquête nationale du HCP établit que les cas d’agressions dans les lieux publics sont deux fois plus élevés en milieu urbain. «Les Tangérois ont toujours été des gens ouverts, explique le journaliste. La femme y a toujours été un support très important pour tout le monde et donc a toujours été respectée, ce qui a beaucoup changé de nos jours.»

Isshane Mezaouri reconnaît que la violence à l’égard des femmes dans les lieux publics est à surveiller, mais la juge pour l’heure moins prioritaire que celle qui se sévit dans les foyers. «On a des cas, mais moins. Les femmes ont plus de difficulté à le dire et n’ont souvent pas le courage de s’engager dans des poursuites en justice», énonce-t-elle.

Si elle se réjouit de l’existence d’un tissu associatif «bien vivant» au Maroc, Roksana Bahramitash, qui collabore également avec l’Association internationale pour une économie féministe, craint le pire pour les droits de la femme si l’économie marocaine, encore en émergence et selon elle affectée par la crise européenne, se retrouve en mauvaise posture.

Avancées nationales
Plusieurs réformes gouvernementales, ces dernières années, ont touché la condition féminine au Maroc. En voici un aperçu.

  • 2004: Le nouveau Code de la famille marocain, ou moudawana, est perçu comme un gain important. Il élève notamment l’âge minimal du mariage de 15 à 18 ans, confère à la femme le droit de demander le divorce et restreint la polygamie.
  • 2005: La réforme du Code du travail ajoute des points sur l’égalité entre hommes et femmes et sur le harcèlement sexuel.
  • 2007: Une réforme du Code de la nationalité permet à la femme marocaine de transmettre sa nationalité à ses enfants.
  • 2011: La nouvelle Constitution reconnaît officiellement l’égalité hommes-femmes. Nombre d’organisations féministes revendiquent cependant une meilleure parité effective.

Lisez l’article de mardi: Tanger: un boom, deux vitesses

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