Le tournage de la téléréalité Dropped a été endeuillé lundi par un crash d’hélicoptère qui a fait dix morts, dont trois grands sportifs français. Camille Muffat, Florence Arthaud et Alexis Vastine figurent parmi les victimes de l’accident d’hélicoptère, selon les autorités locales.

Alexis Vastine, le boxeur maudit des JO

Alexis Vastine
Ses larmes aux Jeux olympiques de Pékin puis de Londres avaient ému la France du sport: Alexis Vastine était considéré comme un boxeur maudit après ses deux terribles désillusions olympiques.

« Son but ultime était de devenir champion olympique et il se préparait pour Rio-2016 », a déclaré lundi soir à l’AFP Brahim Asloum, seul boxeur français à avoir été sacré champion du monde (WBA des mi-mouche) et champion olympique, à Sydney en 2000.

« Après sa défaite en 2012 à Londres, il avait traversé une dépression puis avait été blessé à plusieurs reprises. Alexis hésitait à relancer sa carrière », a expliqué Asloum, aujourd’hui cadre à la Fédération française de boxe.

Lors de JO de Londres, Vastine avait été éliminé en quarts de finale du tournoi des moins de 69 kg par l’Ukrainien Taras Shelestiuk, sur décision des juges. Malchance incroyable, il avait déjà perdu en demi-finales aux Jeux de 2008 face au futur champion olympique, le Dominicain Felix Diaz, après une décision d’arbitrage controversée.

« Je ne pensais pas que ça arriverait une seconde fois. Je ressens de l’injustice, un gros ras le bol », avait confié à des journalistes le boxeur aux mèches blondes, après être passé une première fois en zone mixte sans s’arrêter, en larmes et incapable de s’exprimer. « Je dis clairement, c’est de la politique, ce n’est pas du sport », avait-il pesté.

Cauchemar
Très en colère juste après la décision finale, Vastine avait frappé de son poing nu dans l’un des coins du ring, récoltant encouragements et applaudissements du public anglais.

« Le verdict initial est confirmé. Cauchemar », avait-il écrit sur sa page Facebook après le rejet de sa réclamation. « Je suis écoeuré, abattu, assommé. Deux fois de suite de manière aussi flagrante, je ne pouvais pas l’imaginer. »

« C’est une décision insupportable », avait renchéri son entraîneur, Jean Savarino. « Il faut que les arbitres s’achètent des lunettes, ce n’est pas possible!. Pékin, c’était un vol manifeste. Il ne faut pas qu’il subisse cette même injustice », s’était insurgé l’entraîneur.

Médaillé d’argent au Championnat d’Europe amateur à Moscou en 2010, éliminé par deux fois aux Mondiaux (2009 et 2011) au stade des huitièmes de finale, Vastine, poids welter élégant au physique de jeune premier, avait obtenu ses plus beaux succès lors des Championnats du monde militaires qu’il avait remportés à quatre reprises (2008, 2010, 2011, 2014).

Natif de Pont-Audemer (Eure), Alexis était le fils d’Alain Vastine, vice-champion de France amateur. Il était également le frère d’Adriani, médaillé de bronze de l’Euro-2011. Célie, la cadette de la fratrie, est décédée en tout début d’année dans un accident de voiture à l’âge de 21 ans.

Florence Arthaud, éternelle « Petite fiancée de l’Atlantique »

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« J’ai eu une vie de patachon et d’aventurière »: Florence Arthaud, décédée lundi en Argentine dans un accident d’hélicoptère, était l’une des plus grandes navigatrices au monde et avait réussi à ouvrir aux femmes ce milieu réputé macho.

« Ce n’est pas un métier de femme. C’est un univers rude, dur, où on est tout le temps sur les mers », avait confié la navigatrice de 57 ans à l’AFP en octobre 2014, avant le départ de la Route du Rhum, qu’elle regardait en spectatrice.

C’est cette épreuve qui l’avait faite entrer dans la légende de la voile: elle avait en effet remporté en 1990 la plus prestigieuse des transats en solitaire entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre (en 14 j 10 h et 10 min), à la barre d’un trimaran de 18,28 m (Pierre Ier) et face à certains des meilleurs skippers français et étrangers. De quoi justifier encore un peu plus son célèbre surnom de « Petite fiancée de l’Atlantique ».

Liberté
Personnage haut en couleur à la forte personnalité et à la langue bien pendue (« grande gueule », diront certains), « Flo » faisait partie de cette génération de marins surdoués et passionnés qui ont accumulé les succès sur l’Atlantique et autour du monde à partir des années 1970, inspirés par le maître Eric Tabarly, Olivier de Kersauson, Alain Colas et leurs équipiers.

« On n’avait rien, on n’avait pas de maison, on vivait sur nos bateaux. On avait une bande de copains qui était notre famille », avait-elle encore raconté à l’AFP. « Moi, j’ai fait ma fille à 36 ans. Avant, je n’ai pas eu une vie de femme. J’ai eu une vie de patachon et d’aventurière. »

Quitte à parfois déraper, comme en 2010, lorsqu’elle avait été interpellée en état d’ivresse au volant dans le Var et placée en garde à vue.

Comme ses glorieux prédécesseurs, elle était avide de liberté et ne rechignait jamais à battre en brèche l’écrasante domination anglo-saxonne sur les courses de voile de l’époque. Ainsi, elle évoquait avec délectation la victoire d’Eric Tabarly dans la Transat anglaise de 1964.

« Le Petit Corse s’était fait mettre minable par Nelson mais Eric nous a vengés », avait-elle déclaré avec humour lors de son entretien avec l’AFP avant la dernière Route du Rhum.

Au fil des ans, cette navigatrice dure au mal, courageuse et extraordinairement attachante ne mâchait pas ses mots, à des années-lumière du politiquement correct.
« Quand on a peur des icebergs, on ne fait pas le Vendée Globe », avait-elle ainsi lâché lors de la dernière course autour du monde en solitaire et sans escale à propos des « portes de glace », ces marques de parcours virtuelles au sud desquelles les navigateurs ne doivent pas descendre.

Miracles
Florence Arthaud a inspiré de nombreuses autres navigatrices françaises, qui ont écumé toutes les mers du monde dans son sillage. Isabelle Autissier, Catherine Chabaud et bien d’autres sont ses héritières.

En 1989, alors qu’elle était au sommet de sa popularité, Pierre Bachelet lui avait consacré la chanson « Flo », qu’elle avait enregistrée en duo avec lui.

Née le 28 octobre 1957 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Florence Arthaud était la fille de Jacques Arthaud, le directeur de la maison d’édition du même nom.

Avant de remporter le Rhum en 1990, la jeune femme avait participé à trois éditions de cette course mythique. Dont la première, en 1978, à l’âge de 20 ans seulement. Elle avait fini onzième.

Lors de la Route du Rhum 1986, à sa troisième participation, elle s’était déroutée pour porter assistance au Français Loïc Caradec, qui était parti à la barre du maxi catamaran Royale. Elle retrouvera le multicoque retourné mais pas Caradec, disparu comme Alain Colas avant lui (1978).

Florence Arthaud avait été élue Championne des champions français par le journal L’Equipe en 1990.

En octobre 2011, elle avait par miracle échappé à la mort, après être tombée de son bateau en pleine nuit au large du Cap Corse. Equipée d’une lampe frontale et d’un téléphone portable étanche, elle avait réussi à donner l’alerte.

Deux heures après son appel, elle avait été récupérée saine et sauve par un hélicoptère, consciente mais en état d’hypothermie. « Ce n’était pas mon jour, il y a eu de vrais miracles », avait-elle alors lâché à son retour chez elle, à Marseille.

Camille Muffat, la discrète

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Longue chevelure blonde, physique d’amazone et tempérament discret, Camille Muffat, décédée lundi à 25 ans dans un accident d’hélicoptère en Argentine, a été l’une des plus grandes championnes de l’histoire de la natation française, couronnée par l’or olympique en 2012.

« Je suis très timide, je n’ai jamais aimé être mise en avant », avait-elle confié à l’AFP en 2012 avant les JO de Londres.

Cette championne discrète avait pourtant créé la stupéfaction en juin 2014, en annonçant sa retraite sportive à l’âge de 24 ans seulement, lassée par les longues heures d’entraînement dans les bassins.

Et c’est aussi un coup d’éclat tonitruant qui l’avait révélée. Spécialiste du 4 nages à ses débuts, elle frappe un grand coup en 2005, alors qu’elle n’a que 15 ans en battant la star incontestée des Bleus, Laure Manaudou. Une aubaine qui deviendra un fardeau pendant deux ans.

« Je n’étais pas du tout prête à ça. Du fait que c’était Laure, tous les médias se sont emballés. C’était difficile d’être comparée tout le temps à elle. On la montait contre moi, j’avais trois ans de moins, je me disais qu’un jour elle allait m’insulter! », s’était-elle souvenue en 2012.

En 2010, Camille Muffat fait le choix de se mettre au crawl et là tout s’emballe. En 2012, aux Jeux olympiques de Londres, elle remporte le 400 m libre, l’argent sur 200 m libre et le bronze sur le relais 4×200 m libre.

Les médailles affluent, la confiance grandit mais le tempérament reste le même. Cette timide s’amusait d’ailleurs de l’image froide qu’elle renvoyait.
«C’est vrai que je peux faire peur. C’est ce qu’on me dit, ce n’est pas ce que je veux: le fait de ne pas être forcément démonstrative, être assez fermée et paraître froide quand je suis concentrée… Et d’être aussi un peu imposante. Mais j’en joue parfois aussi!» assurait-elle.

 Une vie normale
Quand on lui demandait à quoi ressemblait sa vie, elle répondait: « Rien de bien intéressant ».

« J’ai une vie bien plus normale que la plupart des gens, glissait-elle dans un sourire. Je suis très gamine, j’adore mon chat, j’en suis gaga. Le week-end, j’aime faire les magasins, aller au resto avec mon copain, aller voir mes parents le dimanche, voir mon frère et ma soeur, mes grands-parents… Et j’aime faire des puzzles. Ouais et alors? »

Son histoire avec la natation a commencé à Nice. C’est là que Camille Muffat est née, a grandi et a découvert la natation à l’âge de 7 ans. Durant toute sa carrière, elle n’a jamais quitté l’Olympique Nice Natation et celui qui l’a prise sous sa coupe alors qu’elle avait 15 ans, Fabrice Pellerin. Elle avait cependant avoué l’an passé qu’un différend avec Pellerin avait été l’un des éléments déclencheurs de sa retraite.

Au plus haut niveau, sa taille (1,83 m) a été un atout. Elle n’a pourtant pas été facile à assumer à l’adolescence. « Ce n’est pas facile d’être grande quand tu es au collège, que tu fais deux têtes de plus que tout le monde », avait-elle raconté à l’AFP.

Après sa retraite, elle avait dit vouloir profiter de sa vie de couple avec son compagnon, un ancien nageur passé au golf.

Egérie d’un grand coiffeur, Camille Muffat n’avait pas envisagé sa reconversion mais ne cela ne la souciait guère: « Je ne sais pas ce que je veux faire mais je pense pouvoir me débrouiller après pour faire quelque chose qui me plaît. »

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