Jordan Pouille/collaboration spéciale Wei Peng gagne sa vie en repêchant les cadavres des suicidés qui dérivent sur le fleuve Jaune. Il revend les corps aux familles pour qu’elles puissent offrir aux disparus une sépulture digne.

Sous l’éclat doré de sa prospérité, la Chine cache des millions de sacrifiés en révolte contre un système qui les broie. Le reporter Jordan Pouille a plongé dans leur misère pour raconter leur lutte face au dragon chinois qui fauche tout dans son fulgurant éveil.

Une nature sacrifiée
Un père de famille qui gagne sa vie en repêchant les cadavres qui dérivent sur le fleuve Jaune; une jeune fille dont l’existence est niée par l’État parce qu’elle est née en marge de la loi de l’enfant unique; une petite-main dans la fleur de l’âge qui assemble les produits Apple de ce monde, 6 jours sur 7, 12 heures par jour, dans un quotidien qui appartient davantage au robot qu’à l’humain: c’est parmi cette faune humaine meurtrie mais courageuse que Jordan Pouille convie le lecteur. «J’ai voulu aller à la rencontre de cette Chine indocile qui refuse de se laisser broyer par le système», raconte-t-il à Métro.

Au fil des 11 récits contés dans Le tigre et le moucheron se dessinent les cicatrices laissées par une croissance à deux chiffres. L’industrialisation effrénée a avalé la campagne et ses modes de vie ancestraux au grand galop, creusant de profondes balafres sur le territoire chinois et poussant des légions de laissés-pour-compte vers des villes aussi populeuses que des pays. «Les gens croyaient la propagande en matière économique, mais ils ne croient plus la propagande en matière d’environnement, explique Jordan Pouille. À Beijing, une femme sur trois fait une fausse couche, et les médecins commencent à croire que la pollution est en cause.»

L’emprise du parti
«Le parti [communiste chinois] ne contrôle pas le peuple autant qu’il l’aimerait», indique M. Pouille. Les manifestations essaiment partout au pays, selon lui, et les autorités officielles font des pieds et des mains pour éviter qu’elles se conjuguent pour former un mouvement de protestation unifié.

«La démocratie est toujours présentée comme un incubateur de désordre social, affirme le reporter. Mais les Chinois n’ont jamais connu d’élections libres, et ce n’est pas leur principale revendication. Le peuple aspire davantage à vivre dans un environnement sain qu’à connaître la prospérité économique infinie.»

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Lutte pour des droits élémentaires
La Chine émerge, mais les Chinois sont loin de tous en profiter. Plusieurs doivent quitter leur campagne ravagée par l’industrialisation pour refaire leur vie en ville, à l’exemple de cette «tribu des rats» rencontrée par Jordan Pouille, qui vit enfouie dans d’anciens abris antiaériens désaffectés sous les rues de Beijing.

Des familles entières vivent dans 6m2, prêtes à tous les sacrifices pour, un jour, toucher à leur tour à la richesse du dragon qui s’éveille…

LE TIGRE et le moucheronHDLe tigre et le moucheron
Aux éditions Les Arènes

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