L’état d’urgence a été décrété à Baltimore à la suite des violentes émeutes qui ont éclaté mardi après les funérailles de Freddie Gray, un Afro-Américain de 25 ans mort d’une fracture cervicale alors qu’il était en détention. Michaël Pivot, le directeur du Réseau européen contre la racisme, a parlé avec Métro du sens et du contexte de cette journée d’émeutes.

Ferguson, New York, Cincinnati, North Charleston ne sont que quelques-unes des villes où des émeutes ont éclaté après le meurtre d’Afro-Américains par des policiers blancs. Est-ce que les États-Unis sont aux prises avec une crise raciale?
Malgré certains discours enthousiastes qui proclament que l’Amérique a dépassé le clivage racial, le racisme demeure profondément ancré dans la société américaine, particulièrement le racisme dirigé contre les Afro-Américains. Le comportement brutal des autorités policières n’est qu’un aspect d’un racisme beaucoup plus étendu et structurel, soit celui d’une culture taillée depuis des siècles en fonction des besoins d’une majorité blanche dont le pouvoir démographie diminue rapidement.

Le mouvement pour les droits civiques a essuyé de nombreux reculs récemment, notamment en raison des efforts déployés dans les États où les républicains sont majoritaires. Ces derniers se sont efforcés de redessiner la carte électorale de façon à diminuer l’impact du vote afro et latino-américain généralement en faveur du parti démocrate. Ces mesures ont exclu de nombreux Afro-Américains de leur droit démocratique, sachant que l’obtention du pouvoir démocratique a été un des leviers d’émancipation importants dans la lutte pour l’égalité des droits.

Comment la Maison-Blanche peut-elle arrêter la crise?
Il n’y a aucune volonté politique pour impulser un changement dans le comportement des forces policières, ni pour rendre celles-ci plus imputables de leurs actes – c’est particulièrement vrai au niveau local. Nous souhaitons que le Congrès mette en place une enquête similaire à l’enquête Stephen Lawrence menée au Royaume-Uni, et qui a mené à plusieurs changements positifs et substantiels au sein des corps policiers britanniques en vue d’éliminer le biais racial dans leurs interventions. Une telle enquête devrait d’ailleurs avoir lieu dans chaque État américain où des émeutes raciales ont eu lieu récemment.

Est-ce que Baltimore est la confirmation que quelque chose ne tourne pas rond à l’échelle nationale?
Si aucune aide réelle n’est apportée, le risque est élevé que les émeutes vont continuer et qu’elles s’étendront à d’autres villes. Les minorités en général – et la communauté afro-américaine en particulier – sont épuisées et exaspérées: elles ont l’impression que leurs enfants, leurs maris, leurs fils et leurs filles ne sont pas protégés par la police selon les mêmes standards que les citoyens blancs. Les gens ont peur de laisser leurs enfants jouer dans les parcs de leur quartier. Ils ne savent jamais ce qui peut arriver. Le sentiment d’insécurité, au sein de la communauté noire, est très élevée.

Comment la situation évoluera-t-elle, selon vous?
Le président Obama a toujours été très prudent devant les tensions raciales aux États-Unis, entre autres pour éviter d’être étiqueté comme le défenseur de sa propre communauté. Les événements des derniers jours menacent de devenir hors de contrôle, et cela serait le pire scénario pour M. Obama lui-même et pour l’avenir du parti démocrate. Une action importante devra être menée pour assurer que des changements concrets aidera des millions d’Afro-Américains en lutte contre la pauvreté, contre la discrimination et le harcèlement policier, quitte à froisser quelques Blancs privilégiés et puissants. Le président Obama a la capacité de former une vaste coalition progressiste et d’apporter un changement radical sur cet enjeu. Malheureusement, je doute qu’il saisisse cette opportunité, étant donné son bilan décevant en matière de lutte contre le racisme dont la communauté afro-américaine est victime.

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