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LE CAIRE, Égypte – Un tribunal égyptien a de nouveau reporté, cette fois au 29 août, son verdict concernant le journaliste canadien Mohamed Fahmy et deux de ses collègues du réseau Al-Jazeera.

Cette longue saga judiciaire a déjà connu plusieurs rebondissements, et le report de dimanche a choqué M. Fahmy, qui a écrit sur son compte Twitter que «l’audace et le manque de respect constant de nos droits sont sans précédent».

«Ça paralyse nos vies», a-t-il lancé.

La cause s’étire depuis 20 mois. Mohamed Fahmy et ses collègues, l’Égyptien Baher Mohammed et l’Australien Peter Greste, ont été arrêtés en décembre 2013. Ils ont été condamnés une première fois à des peines de 7 à 10 ans d’emprisonnement pour incitation au terrorisme et avoir diffusé de fausses informations en soutien aux Frères musulmans, une organisation illégale au pays. Ils ont subi un deuxième procès, sur ordre de la plus haute cour égyptienne, et sont en attente d’un verdict. M. Fahmy a passé plus d’un an en détention avant d’obtenir une libération sous caution, en février dernier. Il doit demeurer en Égypte, tout comme son collègue égyptien. M. Greste a été déporté en février.

Le gouvernement canadien a fait pression sur l’Égypte pour que M. Fahmy puisse revenir au Canada. Des fonctionnaires canadiens ont entre-temps offert une aide consulaire à M. Fahmy.

Le même scénario a eu lieu jeudi dernier au Caire. L’audience était reportée à dimanche. Des sources avaient alors confié que le juge était malade, mais personne n’a pu le confirmer.

La célèbre avocate de Mohamed Fahmy, Amal Clooney, a fait remarquer que, puisqu’il est de nouveau reporté, le verdict serait prononcé après le départ du secrétaire d’État américain, John Kerry, présentement en visite en Égypte.

«Le verdict viendra peut-être plus tard, mais le monde surveillera encore, a-t-elle affirmé. Dans un dossier où même la Cour suprême d’Égypte (et le procureur de la Cour suprême) ont admis qu’il n’y avait pas de preuve pour soutenir les accusations, la seule conclusion juste à laquelle les juges peuvent en arriver est l’acquittement complet.»

S’il n’était pas acquitté, a ajouté Mme Clooney, le président égyptien devra «intervenir rapidement pour rectifier cette injustice».

En entrevue depuis Le Caire, le frère de M. Fahmy, Adel, a affirmé que ce nouveau report ajoutait à la souffrance de son frère et de la famille tout entière.

«Je sais qu’il souffre beaucoup et qu’il n’est pas capable de bien dormir ni de bien manger. Il a un poste d’enseignement à l’université de la Colombie-Britannique, en septembre, et vous savez, sa vie entière, et la nôtre, ont été paralysées.»

Adel Fahmy a indiqué qu’aucune raison officielle n’a été donnée. Le juge qui préside habituellement ce dossier ne s’est pas présenté, et un autre juge a simplement annoncé sans explication que le verdict était reporté.

À Vancouver, l’avocate du journaliste, Joanna Gislasin, était déçue de l’issue de la journée.

«C’est difficile de comprendre pourquoi tout le monde a été rappelé au tribunal aujourd’hui, alors que, je présume, la cour était au courant. La vie de ces hommes est en suspens et c’est de la torture pour eux d’avoir à attendre comme ça», a-t-elle exprimé.

L’Égypte et le Qatar, qui possède le réseau Al-Jazeera, ont des relations tendues depuis que l’armée égyptienne a chassé, en 2013, le président islamiste Mohammed Morsi à la suite d’un soulèvement populaire. M. Fahmy se considère comme un pion dans ce conflit.

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