Getty Images Donald Trump et Ted Cruz

Les sept meneurs de la course à l’investiture républicaine ont attaqué jeudi soir l’optimisme affiché par le président américain Barack Obama dans son discours sur l’état du l’Union, lors du sixième et avant-dernier débat avant les primaires de l’Iowa qui auront lieu le 1er février.

Les deux meneurs dans cet État, le champion du Tea Party et sénateur du Texas, Ted Cruz, et le magnat de l’immobilier Donald Trump, sont au coude à coude, le second ayant réussi à réduire l’écart qui se creusait entre les deux en mettant en doute l’éligibilité du premier à la présidence en raison de son lieu de naissance: le Canada.

La majorité des juristes consultés à ce sujet estiment que M. Cruz, qui est né à Calgary d’un père cubain et d’une mère américaine, est parfaitement éligible à la Maison-Blanche. Néanmoins, les attaques répétées de Trump au mois de janvier ont semblé semé le doute dans l’esprit des électeurs, les derniers sondages en Iowa compilés par RealClearPolitics.com accordant 27,3% des voix à l’homme d’affaires et 26, 9% au sénateur texan.

Tôt dans la soirée, M. Cruz s’est fait questionner à propos de l’éligibilité de sa candidature. Le sénateur, champion de rhétorique lorsqu’il était étudiant à l’Université Princeton, était vraisemblablement préparé à faire face à la musique.

«Les avocats de Donald ont dit cet automne qu’ils avaient analysé cette question sous tous ses angles, et qu’ils n’avaient découvert aucun problème, a commencé M. Cruz. La Constitution n’a pas changé depuis décembre, mais les sondages, oui», a poursuivi le sénateur du Texas, lançant une pique à l’adversaire qu’il a brièvement réussi à détrôner dans les intentions de vote en Iowa.

«Selon Donald, quelqu’un doit avoir deux parents américains pour se présenter à la présidence. Ce qui exclut [le sénateur de la Floride] Marco [Rubio], [le gouverneur de la Louisiane] Bobby Jindal [qui n’est plus dans la course], et même, vous savez qui? Donald J. Trump, dont la mère est écossaise!» a terminé le sénateur, détournant ce qui devait être un caillou dans sa chaussure au cours de la soirée en attaque contre son principal opposant.

Le meneur de la course, visiblement déstabilisé par la question, a fait appel à l’argument qu’il répète sans cesse depuis le début de sa campagne: sa longue romance avec le premier rang dans les sondages.

«Je m’en fiche, s’est emporté M. Trump. Je vais gagner, c’est clair et net.»

«J’ai passé ma vie à défendre la Constitution devant la Cour suprême, a surenchéri M. Cruz. Ce n’est certainement pas Donald Trump qui va me donner des leçons de droit.»

Les couteaux s’étaient affutés tout au long du mois de janvier entre les candidats à l’investiture républicaine, chaque équipe de campagne s’attaquant l’une l’autre pour entacher l’adversaire. Ces tensions grandissantes ont laissé place à des échanges plus musclés entre les deux meneurs, les autres candidats essayant tant bien que mal de se tailler une place malgré leur temps de parole restreint.

Le gouverneur de la Floride Jeb Bush, qui peine à franchir la barre des 5% dans les sondages, a été plutôt discret, lui qui tente de se poser comme le seul candidat capable de tenir tête à Donald Trump en janvier. Lors d’une rencontre électorale plus tôt ce mois-ci, M. Bush n’avait pas hésité à qualifier le meneur d’abruti – ou jerk, en anglais. En débat, toutefois, le frère et le fils de deux anciens présidents a encore une fois semblé mal à l’aise, trouvant mal le ton juste parmi les habiles débatteurs que sont Marco Rubio, Chris Christie et Ted Cruz.

Le gouverneur de la Floride a voulu moquer l’optimisme affiché par le président Obama dans son discours sur l’état de l’Union, mardi, qualifiant tous «ceux qui disent que le monde va mieux maintenant qu’au début de la présidence d’Obama vivent dans un univers parallèle».

M. Bush n’a pas été le seul à contredire l’optimisme de celui qui quittera le Bureau ovale à la fin de l’année. Les sept candidats ont sensiblement livré les mêmes attaques quant aux deux mandats de Barack Obama, livrant une vision d’une Amérique en état de siège dans un monde à feu et à sang.

«Nos ennemis ne nous craignent plus, la Chine et la Russie font ce qu’elles veulent, le terrorisme grandit partout», a lancé M. Bush.

Le sénateur Rubio a voulu montrer sa fermeté face à la menace djihadiste, jurant que chaque terroriste capturé par son administration recevra «un aller simple pour Guantanamo». Il a de plus accusé le président Obama de constituer «une menace pour la sécurité nationale» des Etats-Unis. «Il est moins intéressé à financer l’armée que les cliniques d’avortement», a-t-il affirmé.

Donald Trump a de son côté refusé de réviser sa position concernant les musulmans, qu’il entend encore bannir «temporairement» du territoire américain s’il prend le pouvoir. «Nous ne savons pas, peut-être que les réfugiés sont un cheval de Troie, a-t-il lancé concernant l’accueil de Syriens fuyant la guerre. Je vois très peu de femmes et d’enfants parmi ces gens, mais beaucoup de jeunes hommes, d’apparence forte. Nous ne pouvons pas les laisser briser nos frontières.»

Le débat républicain présenté par le réseau Fox Business se déroulait dans la ville de Charleston, là-même où a eu lieu un des pires massacres suprémacistes des dernières décennies. C’est donc sans surprise que le débat sur le port des armes à feu a fait surface.

«Je suis convaincu que si le président Obama pouvait confisquer toutes les armes, il le ferait», a attaqué M. Rubio. M. Trump a quant à lui mentionné les attentats qui ont frappé Paris en novembre, répétant que si les victimes avaient eu des armes pour répliquer aux assaillants, «il n’y aurait pas eu 130 morts».
Le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, a quant à lui dénoncé l’action exécutive que le président Obama entend mettre en œuvre pour obliger quiconque vend une arme à feu à s’enregistrer auprès des autorités fédérales. «Ce qu’il veut faire, c’est contourner son Congrès, donc les élus du peuple américain. Et ça, ce n’est plus une démocratie. C’est une dictature», a-t-il scandé.

Un des moments moins reluisants de la soirée pour celui qui, autrement, serait sorti grand gagnant de la soirée, est survenu lorsque Ted Cruz a attaqué M. Trump, l’accusant d’avoir «les valeurs de New York».

«Vous savez de quoi je veux parler. Les gens de New York sont de gauche, pour l’avortement, pour le mariage homosexuel. Tout ne se décide que par l’argent et les médias. Il n’y a pas beaucoup de conservateurs qui sortent de Manhattan!» a-t-il affirmé sous les applaudissements du public.

En guise de réplique, Donald Trump a rappelé la fierté qu’il avait eu d’être New-Yorkais, le jour où les tours du World Trade Center se sont effondrées.

«Aucune autre ville au monde n’aurait pu se relever comme New York l’a fait ce jour-là, a affirmé M. Trump avec sérieux, déclenchant lui aussi les applaudissements de la foule – et de Ted Cruz. L’odeur de la mort a été présente pendant des mois. C’est très insultant, ce que Ted a dit», a-t-il terminé.

M. Cruz, sur ce coup, n’a pas jugé bon répliquer.

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