AP Christiane Taubira.

PARIS — La ministre française de la Justice a démissionné de manière inattendue mercredi, en opposition à l’intention du président François Hollande de retirer la citoyenneté française aux terroristes qui la détiennent.

Christiane Taubira a claqué la porte du gouvernement tout juste avant une rencontre du cabinet et quelques heures avant qu’une commission parlementaire ne se saisisse du projet de loi.
Mme Taubira, une politicienne de gauche bien connue pour sa défense du mariage gai, a lancé sur Twitter: “Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir”.
La femme originaire de la Guyane française, dans les Antilles, était une pionnière pour les femmes et les minorités en politique française. Elle a aussi fait l’objet de quolibets racistes de la part de militants d’extrême-droite. “Je quitte le gouvernement sur un désaccord politique majeur, a-t-elle déclaré aux journalistes. La menace terroriste est sérieuse et imprévisible mais nous avons appris à la traquer (…). Je pense que nous ne pouvons pas lui concéder la moindre victoire, qu’elle soit militaire, diplomatique, politique ou symbolique.”
Ses relations étaient tendues avec le premier ministre de centre-gauche Manuel Valls. Elle sera remplacée par Jean-Jacques Urvoas, un parlementaire breton perçu comme un spécialiste des questions de sécurité au sein du Parti socialiste. Il est aussi proche de M. Valls.
Le projet de loi sur la citoyenneté, qui découle des attentats du 13 novembre à Paris, est populaire auprès des conservateurs et de l’extrême-droite, mais divise les socialistes au pouvoir. La plupart des Français appuient le projet, selon des sondages, mais ses adversaires craignent qu’il ne cible injustement les musulmans. Certains l’ont comparé à l’annulation de la citoyenneté des Juifs français pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Des militants français et belges associés au groupe armé État islamique, dont certains étaient d’origine marocaine, ont tué 130 personnes lors des attaques du 13 novembre. Le projet de loi déposé mercredi par M. Valls à l’intention des individus reconnus coupables de terrorisme contient une série de mesures, allant de l’annulation de leur citoyenneté française jusqu’au retrait du droit de vote.
Le premier ministre y a toutefois apporté des changements de dernière minute pour satisfaire la droite et la gauche. La France entend ainsi respecter son obligation internationale de ne laisser aucun individu sans nationalité. Mais même cette mesure ne plait pas à tous: les détracteurs prétendent qu’elle créé deux classes de citoyens — ceux qui détiennent une double citoyenneté et qui pourront perdre leur citoyenneté française, et les autres, ce qui contrevient au principe d’égalité enchassé dans la Constitution française. Le projet de loi sera discuté à l’Assemblée nationale la semaine prochaine.

 

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