Robert F. Bukaty Robert F. Bukaty / The Associated Press

PORTLAND, États-Unis – On ne sait pas comment 32 homards américains ont pu se retrouver dans les eaux suédoises, mais puisque certains d’entre eux portaient des élastiques sur leurs pinces, ils pourraient s’être évadés en chemin vers l’Europe ou avoir été libérés par des groupes de défense des animaux. Peu importe l’explication, leur découverte a provoqué un litige commercial opposant la Suède au Canada et aux États-Unis.

La Suède a demandé à l’Union européenne (UE) d’interdire les exportations de homards vivants des États-Unis, arguant que les espèces pourraient propager des maladies et surcharger le marché européen.

Les secteurs canadiens et américains du homard demeurent sceptiques, avançant que les intérêts commerciaux de la Suède pourraient prévaloir sur ses arguments scientifiques. Ils croient que la Suède souhaite d’abord protéger le marché européen.

La directrice exécutive de l’Association des pêcheurs de homards du Massachusetts, Beth Casoni, juge que cette mesure n’est pas nécessaire et qu’elle s’explique avant tout par des préoccupations économiques.

Les représentants du secteur nord-américain tentent de sensibiliser les membres du Congrès américain et ils demandent l’aide du secrétaire d’État John Kerry et de la Maison-Blanche.

Les enjeux sont majeurs. Le Canada et les États-Unis envoient annuellement en Europe l’équivalent de 200 millions $ US en exportations de homards. Le marché européen représentait près d’un cinquième de toutes les exportations de homards américains, l’année dernière.

L’industrie nord-américaine a cité un rapport suédois indiquant qu’un embargo sur les produits américains «pourrait être potentiellement avantageuse en termes de profits et d’emplois» pour l’Europe. Le document affirme également que la découverte des 32 homards américains augmentait les risques de maladies chez les espèces.

Gunvor Ericson, la secrétaire d’État du ministère suédois de l’Environnement et de l’Énergie, a dit que la Suède considérait les homards américains comme une espèce envahissante. Les inquiétudes de son pays reposent entièrement sur des risques scientifiques, selon elle.

«Une fois que le homard américain est établi, il est impossible à éliminer. Cela représente une menace importante face au homard européen, et face aux autres crustacés», a-t-elle expliqué.

Un embargo pourrait avantager les pays comme l’Islande, qui a exporté plus de 900 tonnes de homards en Union européenne en 2014, et Cuba.

Les homards américains, qui sont pêchés dans le nord-est des États-Unis et dans les provinces maritimes canadiennes, sont généralement plus gros et plus charnus que les espèces européennes, qui se distinguent eux-mêmes par leur teinte bleutée.

Les scientifiques américains partagent le scepticisme du secteur nord-américain. Selon Robert Bayer, directeur de l’Institut de homards de l’université du Maine, les recherches démontrent que les maladies de la carapace ne sont pas contagieuses et que la gaffkémie — une maladie infectieuse touchant les homards — n’a pas été vue depuis des années.

Rick Wahle, expert de la même université, a rejeté la possibilité qu’un croisement se produise entre les espèces — un risque soulevé par les Suédois. Selon lui, il n’y a aucune preuve qu’une espèce hybride puisse survivre dans la nature.

Yngve Bjorkman, un représentant de l’industrie suédoise, a martelé que la demande de son pays était orientée par des préoccupations environnementales d’abord. «Ce ne sont pas les pêcheurs suédois qui sont contre. C’est le mouvement écologiste», a-t-il lancé.

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