Victor Morimaya/Getty Des milliers de manifestants favorables à la destitution de la présidente Dilma Rousseff (sur la pancarte) ont défilé dans les rues de São Paulo dimanche.

Le processus entamé pour destituer la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a franchi une étape importante dimanche, alors que 367 députés ont voté en faveur de son départ. Au début du mois de mai, le Sénat devra décider s’il suspend Mme Rousseff pendant 180 jours en l’envoyant devant un tribunal. Fiona Macaulay, professeure à l’université britannique de Bradford, et Oscar Guardiola-Rivera, enseignant à l’université de Londres et auteur de What If America Latina Ruled the World? (Et si l’Amérique latine dirigeait le monde?), ont analysé les plus récents développements avec Métro.

Bouc émissaire
«Quelque 300 députés de la Chambre basse sont sous le coup d’enquêtes judiciaires pour corruption, rappelle Mme Macaulay. Plusieurs espèrent qu’en destituant Dilma, celle-ci serve de bouc émissaire et que son successeur, le vice-président Michel Temer – lui-même soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin – mette fin à ces enquêtes. Ironiquement, Dilma ne fait face à aucune accusation de corruption.»

«Les députés tentent de se protéger des affaires judiciaires qui les suivent, estime M. Guardiola-Rivera, et comme Dilma n’est pas intervenue en leur faveur, ils votent contre elle par vengeance.»

Trop peu, trop tard
«Il y a de bonnes chances que le Sénat vote pour la destitution», croit Mme Macaulay, évoquant les sondages qui indiquent que 60 % des Brésiliens sont favorables au départ de leur présidente.

«C’est trop peu, trop tard pour les partisans de Dilma Rousseff, estime M. Guardiola-Rivera. Même les gauchistes à qui j’ai parlé dans les rues de Rio n’y croient plus. Le parti de Dilma est blâmé pour avoir fait trop de compromis, et pour ne pas avoir su endiguer la corruption endémique dans le pays.»

«Personne n’a parlé des Jeux olympiques dans ce débat, comme s’il s’agissait d’un détail.» -Fiona Macaulay, professeure à l’université de Bradford, à propos des JO de Rio qui doivent commencer au mois d’août

Pour le meilleur et, surtout, le pire
Destituer la présidente est loin d’être la solution pour le Brésil, affirme M. Guardiola-Rivera. «Au lieu de se concentrer sur la déroute économique du pays, ceux qui ourdissent la destitution conduisent le Brésil à la paralysie politique. Ils agissent de manière égoïste et irresponsable.»

«Les opposants de la présidente n’ont aucun plan économique cohérent, indique Mme Macaulay, sinon de privatiser, de couper et d’ouvrir le marché brésilien aux multinationales. La croissance reviendra peu à peu… tout comme les inégalités.»

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