Josie Desmarais/Métro Nixon Boumba, coordonnateur du Collectif Justice minière, est en tournée au Canada, où plus de 50 % des compagnies minières du monde sont enregistrées.

Le gouvernement haïtien et ses bailleurs de fonds étrangers ont placé l’industrie minière au cœur des efforts de redressement économique d’Haïti. Un choix qui en inquiète plusieurs, dont Nixon Boumba, coordonnateur du Collectif Justice minière en Haïti.

Quelque 20 G$ seraient enfouis dans le sous-sol d’Haïti selon les compagnies extractives, une manne que ce pays, qui compte parmi les plus pauvres au monde, peut difficilement laisser en sommeil. Mais le jeu n’en vaut pas la chandelle, selon M. Boumba, de passage à Montréal cette semaine à l’invitation de la Table de concertation pour Haïti.

«L’État ne récolterait que des cacahuètes, a-t-il expliqué à Métro, puisqu’il ne serait pas en mesure de faire appliquer les lois qui encadrent cette industrie» aux agissements souvent controversés dans le monde en développement.

«Ce qu’on ne dit pas, c’est que ces 20 G$ sont échelonnés sur 25 ans. L’État haïtien, lui, ne toucherait que 2,5 % des quelque 7 G$ auxquels il a droit.»

Pour preuve de la faiblesse des institutions haïtiennes, M. Boumba a expliqué que le Bureau des mines chargé d’émettre les permis d’exploitation ressemble à une «peau de chagrin».

«C’est comme un dépot de fatras à l’intérieur ; des documents sont éparpillés partout.»

Son personnel n’a souvent pas de voitures pour parcourir le pays, et c’est à bord de véhicules appartenant aux compagnies minières étrangères qu’il voyage vers les lieux d’extraction, souligne Gerardo Ducos, qui a mené les travaux d’Amnistie internationale en Haïti de 2004 à 2012.

«Les gens n’ont pas toujours besoin de voir un fusil pour se sentir intimidés.» -Gerardo Ducos, ancien responsable d’Amnistie internationale en Haïti, à propos des propriétaires démunis, souvent illettrés, qui se retrouvent devant des représentants de compagnies minières pour négocier les droits de leur terre.

M. Boumba s’interroge également sur les conséquences qu’aura l’industrie minière sur l’environnement déjà fragile d’Haïti, une inquiétude accentuée par la refonte du cadre législatif régissant l’industrie minière au pays, dans lequel quelques paragraphes seulement sont réservés aux questions environnementales, selon M. Ducos.

«Une mine consomme autant d’eau en une seule journée qu’un foyer pendant 20 ans, a affirmé M. Boumba. Et si le gouvernement haïtien n’est pas capable de gérer les ordures ménagères, comment arrivera-t-il à gérer les déchets toxiques ?»

Les méthodes d’appropriation des terres destinées au forage soulèvent également les critiques du militant.

«Les compagnies minières font signer des contrats d’exploitation à des gens qui ne savent ni lire ni écrire, a dénoncé M. Boumba, et l’État n’a jamais informé la population quant aux dangers de l’extraction minière.»

Métro a ainsi pu voir un exemplaire d’un de ces contrats décriés par M. Boumba. Celui-ci accordait à l’entreprise tous les droits sur un lopin de terre. En guise de signature, cependant, le propriétaire n’avait apposé qu’une empreinte de son pouce.

Petits profits, grand risque
L’industrie minière est-elle un levier de croissance valable pour Haïti? «Tout dépendra de la capacité de l’État à faire respecter ses propres lois», affirme François Gélineau, doyen de la Faculté des sciences sociales et grand connaisseur d’Haïti. «L’industrie minière, dans sa plus simple expression, se contente de creuser un trou, d’employer des ingénieurs souvent étrangers et d’envoyer le minerai par une route.»

«Ce n’est pas nécessairement une industrie qui offre beaucoup de retombées locales, ajoute-t-il. Si, au Québec, nous ne sommes pas capables de recevoir des redevances notables de la part des minières, imaginez en Haïti», où les problèmes de gouvernance sont chroniques, selon lui.

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