MONTRÉAL – La tentative de coup d’État en Turquie n’était pas prévisible malgré les nombreux attentats terroristes qui ont secoué le pays dans les derniers mois, selon le professeur spécialisé en histoire et politique de la Turquie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Stefan Winter.

Bien que le pays ait été le théâtre de plusieurs attaques dernièrement, M. Winter n’anticipait pas un tel soulèvement politique. L’insécurité des dernières semaines est plutôt économique, estime l’expert.

De plus, selon lui, un coup d’État contre le gouvernement par l’armée est «complètement anachronique» de nos jours, ce qui explique la féroce opposition de la population turque face à un tel événement.

D’ailleurs, malgré les critiques qui fusent contre le président Recep Tayyip Erdogan, notamment en matière de corruption et de liberté d’expression,son gouvernement jouit d’une forte popularité en Turquie, a ajouté M. Winter. Selon l’expert, le parti démocratiquement élu, l’AKP, était en voie, vendredi soir, de «gagner son pari».

L’appel du président turc à contester dans les rues a donné lieu, selon l’interprétation de M. Winter, à des manifestations de joie et de soutien à l’endroit du gouvernement.

Certains citoyens turcs ont suggéré que l’événement soit un coup monté du gouvernement dans le but qu’il ressorte encore plus fort de cet épisode et qu’il puisse agir de façon autoritaire. Mais selon l’expert, une telle théorie est peu probable étant donné l’ampleur des développements.

«Il y a quand même eu suffisamment de morts et suffisamment d’attaques sur le Parlement, sur le siège des renseignements, je n’ai pas l’impression que c’est tout joué pour les caméras. D’autant plus qu’il ne semble pas qu’ils aient besoin d’un prétexte pour museler la presse ou les opposants politiques», a-t-il soutenu.

Si l’armée arrivait à s’emparer du pouvoir, ce ne serait pas la première fois, a rappelé l’expert. Deux coups d’État sont survenus dans les années 70 et 80.

«C’est différent cette fois-ci, parce qu’on a un parti qui n’a jamais dépendu des militaires, de l’appui de l’armée. Il a toujours été à couteaux tirés avec l’armée pendant très longtemps, jusqu’à qu’il réussisse avec le temps de placer tous ses fidèles dans des positions clés», a-t-il expliqué, comparant la situation de la Turquie à celle de l’Égypte.

Le président égyptien Mohamed Morsi, qui avait été élu démocratiquement au pays, avait été renversé par un coup d’État militaire en 2013.

Mais la situation des deux pays demeure bien différente, a-t-il nuancé. «En Égypte, c’était un retour à la normale (…) En Turquie, ils ont vraiment un système beaucoup plus démocratique que n’importe quel pays dans la région. Il y a une tradition de parlementarisme très vivante», a-t-il précisé.

Le professeur encourage d’ailleurs le public à être vigilant en lisant les informations qui circulent rapidement sur le coup d’État, considérant que plusieurs nouvelles sont filtrées par les agences de presse officielles de l’État. Selon les dernières nouvelles relayées par ces agences, la tentative de coup d’État aurait échoué.

«Les reportages qui font état de l’échec du complot, c’est peut-être trop optimiste. On est pas encore à la fin», a-t-il conclu.

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!