AP Donald Trump

MONTRÉAL – La convention du Parti républicain qui s’ouvrira lundi, à Cleveland, en Ohio, marquera fort probablement le couronnement de Donald Trump à la tête du parti. L’événement, qui durera quatre jours, s’annonce particulier cette année alors que le parti est fortement divisé à propos de celui qui deviendra le candidat à la présidence. Voici quelques explications pour mieux comprendre l’importance de cette convention.

– À quoi servent les conventions des partis?

C’est le moment de débattre du programme du parti qui sera présenté aux électeurs en vue de l’élection du 8 novembre prochain, et bien sûr, de désigner le candidat qui représentera les républicains dans la course à la Maison-Blanche. Mais au-delà de ces objectifs, les conventions visent également à fouetter les troupes et à unir le parti avant le début de la dure bataille électorale. «Ça sert à dire: « Voici notre équipe, voici notre plateforme ». C’est ça qu’on va aller essayer de vendre sur le terrain», a expliqué Karine Prémont, professeure en science politique à l’Université de Sherbrooke.

C’est également une façon de rejoindre les électeurs, qui sont généralement intéressés à regarder la convention à la télévision, selon Donald Cuccioletta, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand. «C’est aussi un « happening » télévisuel. On capte (l’attention) de la clientèle électorale pendant quatre soirs», a-t-il résumé. Le moment culminant sera sans contredit lorsque les délégués des États annonceront leur choix pour la présidence — ce qui est en fait une formalité, puisque Donald Trump s’est assuré l’appui d’une majorité d’entre eux.

– Les délégués qui se sont engagés à voter pour un candidat lors des primaires peuvent-ils changer d’idée?

Pas vraiment, mais… Rappelons que les délégués ont été attribués à chaque candidat lors des primaires et des caucus qui se sont déroulés dans les derniers mois dans les États et les territoires américains. Mais certains souhaitaient permettre aux délégués de «voter selon leur conscience» — donc qu’ils puissent changer d’idée. Un comité du parti a toutefois statué cette semaine que les délégués devaient suivre les règles établies par les États selon lesquelles ils doivent voter pour le candidat choisi lors des primaires et des caucus.

«Certains disent que c’est illégal parce qu’il y a des lois au niveau des États qui forcent les délégués à se conformer à leur consigne de vote. Mais dans les faits, il n’y a pas vraiment de mécanisme de coercition qui pourrait obliger les délégués à rester fidèles à leur consigne de vote. La pratique nous montre que généralement les délégués restent fidèles à leur consigne», a soutenu Christophe Cloutier-Roy, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand.

– Le mouvement anti-Trump aura-t-il son mot à dire à la convention?

À l’intérieur de la convention, sûrement pas. Le mouvement contre le candidat Donald Trump semblait avoir le vent dans les voiles il y a quelques mois, mais il semble qu’il est maintenant mort, selon Mme Prémont. «(Le mouvement) était possible tant que Trump n’avait pas la majorité. Mais maintenant qu’il l’a, maintenant qu’il n’y a plus d’autre candidat, je vois mal comment on pourrait contester cette nomination-là. On peut le faire, mais si on suit les règles, il a la nomination», a-t-elle constaté.

Les trois experts consultés prédisent que Donald Trump remportera l’investiture sans trop de difficulté. «On se rend compte que envers et contre tous, Donald Trump a passé toutes les étapes, il a le 50 pour cent plus un nécessaire. Il faudrait vraiment un mouvement sur le plancher, que beaucoup de délégués décident de donner leur vote ailleurs… Je serais très surpris», a suggéré M. Cloutier-Roy. Donald Cuccioletta a par ailleurs fait remarquer que plusieurs sénateurs et représentants qui s’étaient opposés à M. Trump auront besoin de son aide pour se faire réélire en novembre prochain. «Si M. Trump est candidat et il va l’être, ça veut dire qu’il y a une vague en arrière de lui et cette vague-là peut aider les sénateurs et les représentants», a-t-il indiqué, citant en exemple le sénateur John McCain, qui éprouve des difficultés en Arizona.

Mais à l’extérieur, ce mouvement pourrait se faire entendre. «On sait très bien que les policiers vont être sur les dents pendant cette convention-là. Est-ce qu’il y aura des manifestations à l’extérieur? Je pense y a beaucoup de tensions auxquelles il faut s’attendre», a soutenu Mme Prémont.

– Les républicains réussiront-ils à s’unir au terme de cette convention?

«C’est sûr qu’ils vont donner l’image qu’ils sont unis. Ils travaillent fort pour ça», a avancé M. Cuccioletta. L’unité du parti a été durement éprouvée pendant la course à l’investiture, et il y a encore des traces de cette division. Plusieurs républicains notoires, dont la famille Bush (les anciens présidents George H. W. et George W.) et le sénateur et ex-candidat Marco Rubio ont décidé de ne pas se rendre en Ohio pour la convention.

Or, le choix du gouverneur très conservateur Mike Pence comme colistier pour Donald Trump et la plateforme proposée du parti qui se situe à l’extrême-droite de l’échiquier politique devraient rassurer les républicains traditionnels. «Si certains pensaient que Donald Trump n’était pas un authentique conservateur, on se rend compte que finalement, les grandes idées mises de l’avant sont celles des militants républicains», a affirmé M. Cloutier-Roy.

Selon Karine Prémont, plusieurs détracteurs de M. Trump ont menacé de voter démocrate pour faire comprendre au milliardaire de «recentrer son discours» et de prendre leur voix en considération. «C’est facile pour les gens de dire: « On veut rien savoir de Trump, mais on se rend compte que quand vient le temps de sauter la clôture et d’aller (appuyer) un démocrate… Surtout une candidate comme Hillary Clinton qui est très impopulaire chez les républicains», a remarqué Christophe Cloutier-Roy.

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