Getty Images Le roi du Maroc Mohammed VI, en 2014

Le 20 février 2011 est inscrit dans la mémoire collective marocaine. Le mois précédent, deux pays plus à l’est, le jeune marchand tunisien Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu et devenait, sans le savoir, le symbole du printemps arabe. La jeunesse d’un pan à l’autre de l’Afrique du Nord s’est embrasée, criant son désespoir social et économique à une élite déconnectée d’elle. Cette date marquera pour le Maroc, réputé pour son habile maintien d’une relative stabilité, le plus grand mouvement de contestation de son histoire moderne.

Poigne de fer dans un gant de velours, la monarchie parlementaire marocaine a vite fait de rétablir le calme, réprimant la révolte et promettant des réformes parlementaires et sociales. La vie a donc vite repris son cours au royaume du Maroc et les promesses sont restées lettre morte.

En octobre dernier toutefois, dans des circonstances qui ne sont pas sans rappeler celles de 2011, l’histoire d’un jeune marchand d’Al-Hoceïma sème la colère dans la région berbère du Rif. Mouhcine Fikri meurt broyé dans une benne à ordures alors qu’il tente de récupérer sa marchandise confisquée par la police. Le pouvoir marocain tente d’apaiser la grogne des Rifains avec une enquête, 11 accusations, des procès rapides et 8 condamnations dans l’affaire Fikri.
Le sort du jeune marchand n’est cependant que le symptôme d’un problème plus grand; il témoigne d’une part de l’échec du «20 février», et ravive d’autre part le contentieux historique entre les Berbères et Rabat. La capitale est accusée de négliger les périphéries en mal d’infrastructures, d’emplois et de services sociaux.

En mai, Rabat promet des projets de développement dans le Rif. Or, comme l’a résumé brillamment dans une entrevue à France 24 Aboubakr Jamai, professeur français de relations internationales, ces promesses sont «un fusil à une cartouche qui a déjà été tirée».

Le 26 mai, dans son prêche du vendredi, un imam reproche aux leaders du mouvement de contestation, le Hirak, de semer la discorde entre les musulmans. Nasser Zefzafi, qui dirige le Hirak, interrompt l’imam, prend le micro et conteste les accusations. Il demande notamment si les mosquées sont faites pour Dieu ou bien pour représenter le pouvoir. Son discours est diffusé live sur Facebook et amplement relayé sur les réseaux sociaux.

Deux jours plus tard, Nasser Zefzafi est arrêté et emprisonné. Plutôt que de s’essouffler, son mouvement prend une dimension nationale. Par dizaines de milliers, les Marocains foulent les rues de Rabat, de Casablanca et de Tanger d’un pas protestataire en solidarité avec le Rif. Les manifestants encerclés par la police et l’armée scandent de nouveau les slogans de 2011.

La répression se poursuit et 130 personnes sont emprisonnées pour leur participation au Hirak alors que le roi Mohammed VI se dit sensible à la cause rifaine. Si un dialogue n’est pas établi rapidement entre le peuple et le pouvoir, on craint toutefois que la révolte d’Al-Hoceïma, ville qualifiée par le roi de «phare de la Méditerranée», fasse renaître de ses cendres le «20 février».

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