Getty Images Paul Kagame

Un phénix qui renaît de ses cendres, dit-on aujourd’hui pour parler d’une nation dont même la jeunesse se souvient de la fin du monde. Près d’un million de Rwandais ont péri en 100 jours il y a 23 ans; le cinquième de la population rwandaise est veuve ou orpheline. Le parti de Paul Kagame, le Front patriotique du Rwanda (FPR), a pris les rênes d’un pays meurtri en promettant de le réconcilier avec lui-même.

Apaisement des tensions interethniques, nouvelle constitution défendant une meilleure démocratie, croissance économique ayant reçu les éloges du monde entier : Paul Kagame a insufflé au Rwanda la volonté de se reconstruire.

Ses investissements majeurs en infrastructures, en santé et en éducation ont propulsé toutes les courbes de progrès dans les bonnes directions. On dit du petit territoire enclavé du centre-est du continent qu’il est en voie de devenir le Singapour de l’Afrique.

Contraint par la loi de ne pas excéder 2 mandats consécutifs, Kagame lance en 2015 un référendum pour amender la constitution qui a à peine 10 ans. C’est ainsi qu’il y a 10 jours, il entamait son troisième mandat comme président du Rwanda avec 98% des voix – de quoi faire pâlir d’envie un dictateur. Le Rwanda est-il déjà rapiécé?

Le Rwanda est frontalier de quatre pays. Kagame, après que sa famille eut fui pendant la révolution rwandaise, grandit en Ouganda. Il ne retourne au Rwanda qu’en 1990, au sein du FPR, un groupe d’exilés tutsis voulant «reprendre le pays». Une guerre civile s’ensuit, dégringolant en génocide après le décès du président dans un écrasement d’avion suspect.

Quand le FPR met fin au génocide et s’immisce au pouvoir avec Kagame à sa tête, des millions de Hutus prennent la fuite, craignant des représailles pour le génocide perpétré contre les Tutsis. Le Congo voisin, près de 100 fois plus vaste, voit 2 millions d’entre eux franchir ses frontières et s’organiser de nouveau.

Le Rwanda, réclamant justice contre ses criminels de guerre en fuite, finance des milices qu’il met à leurs trousses. Par une culmination d’événements et de tensions, le Rwanda devient une tuile dans l’effet domino qui entraîne la chute du pouvoir congolais et provoque la «Première Guerre mondiale africaine». Neuf pays s’en mêlent et 5,4 millions d’âmes périssent.

Le gouvernement rwandais rejette avec vigueur les accusations de génocide contre la population hutue au Congo. Et bien que la guerre soit terminée depuis 2003, les tensions internationales sont encore palpables, et la plaie des guerres du Congo est toujours béante.

Alors que Paul Kagame poursuit son règne vingtenaire au Rwanda, la communauté internationale s’inquiète de son pouvoir autocratique et de l’absence d’un réel contre-pouvoir. L’opposition est intimidée et parfois même condamnée à la prison ou à l’exil, et la majorité des médias est sous le contrôle du gouvernement. S’il a effectivement su renaître après s’être consumé, il manque toutefois au phénix de l’Afrique quelques plumes essentielles à son envol.

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