AP Saad Hariri

Alors que Kevin Spacey est escorté aux portes de Netflix, le premier ministre du Liban, Saad Hariri, démissionne. Coïncidence? Oui, évidemment. Mais à une époque où la fiction et la réalité se talonnent, l’une permet souvent de mieux comprendre l’autre.

Une série télé sur les coulisses du pouvoir proche-oriental serait d’ailleurs la bienvenue pour combler le vide qui sera laissé par House of Cards. Et ça tombe bien : le calendrier de Hariri vient de s’alléger et son histoire a tous les ingrédients nécessaires pour nous convaincre de fermer les yeux sur le congé de taxes de Netflix.

Une tragédie shakespearienne

Saad Hariri a démissionné en direct de l’Arabie saoudite samedi, affirmant être visé par un complot d’assassinat. Le climat au Liban, a-t-il affirmé, lui rappelle celui qui régnait avant l’assassinat de son père alors qu’il était lui-même premier ministre.

En 2005, Rafiq Hariri a été tué dans un attentat à la bombe qui a creusé un cratère dans une rue de Beyrouth. La Cour pénale internationale a porté des accusations contre cinq membres du Hezbollah, que le groupe refuse de livrer à la justice.

La décision de Hariri fils de s’adresser aux Libanais à partir de Riyad n’est pas anodine. Pendant son discours de démission, Hariri a accusé l’Iran – ennemi de l’Arabie saoudite – d’avoir créé «un État dans un État» en soutenant le Hezbollah au Liban.

L’Iran, pour sa part, accuse Riyad et Washington de s’ingérer dans les affaires libanaises et d’avoir orchestré la démission de Hariri pour déstabiliser la région, déjà secouée.

Une panoplie d’antagonistes

Au cœur du Liban : le Hezbollah, décrit par les uns comme un groupe terroriste tentaculaire et par les autres comme le parti politique et le projet social des laissés-pour-compte. Au nord : la guerre syrienne, qui a amené au Liban 1,5 million de réfugiés.

Au sud : le conflit israélo-palestinien, dont le débordement au-delà des frontières libanaises dans les années 1970 avait entraîné la guerre civile. À l’est : l’Irak et l’Iran, géants chiites gangrenés par les conflits sectaires et opposés à la toute-puissante Arabie saoudite sunnite. À l’ouest : les intérêts occidentaux, qui tirent comme ils le peuvent les ficelles de leurs alliés sur le terrain.

Un puits d’intrigues

Les observateurs internationaux retiennent leur souffle. Alors qu’État islamique recule enfin, on craint que, par un nouvel effet domino, la démission de Hariri n’alimente les brasiers du Moyen-Orient. La relation déjà tendue entre Washington et Téhéran va-t-elle s’envenimer? Le fractionnement des communautés libanaises pourrait-il éclater en nouvelle guerre civile?

La complexité des enjeux, la multiplicité des acteurs et la composante historique : les mêmes facteurs qui en font un sujet difficile à maîtriser dans l’actualité en feraient un projet de série prometteur et – dans le contexte actuel – ô combien utile.

Un Frank Underwood au teint basané nous aiderait-il à nous orienter dans le labyrinthe des coulisses du pouvoir moyen-oriental? Dans tous les cas, Netflix nous aura prouvé une chose : quand la réalité se dresse en un imposant château de cartes, la fiction a le pouvoir de mettre cartes sur table.

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