AP Des manifestations ont eu lieu dimanche à Tunis pour souligner le septième anniversaire de la révolution de Jasmin.

On dit de la Tunisie qu’elle est le seul pays à s’être tiré d’affaire après le printemps arabe. Celui-ci est d’ailleurs né dans ses rues, lors de la révolution de Jasmin. En effet, à la fin de 2010, un jeune marchand tunisien, exaspéré par l’impasse économique 
et sociale, s’est immolé par le feu, et c’est tout le pays qui s’est embrasé.

Sept ans et huit gouvernements plus tard, le pays du jasmin attend toujours son éclosion. Depuis une semaine, les Tunisiens manifestent de nouveau leur colère dans une vingtaine de villes.

Les relents de la révolution
Les protestations populaires ont été nombreuses en Tunisie depuis la chute de Ben Ali, en 2011, comme 
le refrain amer d’une révolution inachevée. À la fin 
de 2016, une grande manifestation contre le chômage a réitéré le ras-le-bol du peuple et souligné à grands traits l’échec imminent de la transition démocratique. Cette fois-ci, c’est la loi sur les finances qui constitue la proverbiale goutte de trop.

Au cours des récentes années, des attentats terroristes ont entraîné l’instauration de l’état d’urgence et la chute du tourisme en Tunisie. En position économique boiteuse, le pays s’est amarré au port du Fonds monétaire international.

Austérité imposée
En 2016, le FMI a accordé plus 3G$ à Tunis sur 4 ans, avec pour condition qu’il réduise ses dépenses, dont la moitié est attribuable aux salaires des employés de l’État.

C’est toutefois dans les poches trouées de la population qu’a décidé de puiser le gouvernement avec une hausse des taxes en vigueur depuis le 1er janvier 2018. Les fruits et légumes, les services de télécommunications et le pétrole trônent en tête de liste de ce qui coûte désormais plus cher au contribuable tunisien.

Désœuvrement social
En Tunisie, le taux de chômage atteint les 15%, l’inflation se chiffre à plus de 6% et le salaire minimum n’a pas suivi le coût de la vie. La jeunesse diplômée n’a toujours pas de quoi filer son moulin, pas plus que la classe populaire, et tous réclament de nouveau une issue à leur misère.

On fait état de plusieurs centaines d’arrestations et d’un déploiement de l’armée pour protéger les édifices gouvernementaux et les banques. Il s’agit du plus grand soulèvement en Tunisie depuis le printemps arabe, et l’immolation d’une mère de cinq enfants en novembre dernier rappelle un scénario trop familier.

Révolte ou révolution?
Le premier ministre Youssef Chahad a d’abord assuré que 2018 serait la dernière année difficile pour la Tunisie. Les augmentations de taxes serviraient à stabiliser l’économie.

Samedi, devant l’ampleur de la contestation populaire, le gouvernement a annoncé un investissement de 35M$ en mesures sociales visant à aider les plus démunis et les familles. Des manifestations ont tout de même eu lieu hier pour souligner l’anniversaire de la chute du dictateur, le 14 janvier 2011.

La Tunisie n’est pas sortie aussi triomphante du printemps arabe qu’on le présumait, mais c’est l’été que le jasmin fleurit. Les prochaines semaines nous diront si ce petit pays d’Afrique du Nord saura de nouveau imposer un changement de saison.

Aussi dans Angle mort :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!