Jacques Boissinot/La Presse canadienne Selon notre chroniqueur, le triomphe de Jean-François Lisée à la tête du PQ aux dépens, encore une fois, de cette jeunesse de 2007 incarnée par les Cloutier, Ouellet, Plamondon et Hivon, n’augure rien de bon.

Lors des élections générales du Québec de 2007, caméra à l’épaule, j’ai suivi un jeune candidat du Parti québécois (PQ) issu de diversité dans un fief du Parti libéral du Québec (PLQ), à l’ouest de Montréal. C’est dans ce genre de circonscription rouge foncé que les péquistes envoient leurs poulains se faire les dents.

J’ai eu ainsi la chance de rencontrer une jeunesse péquiste fougueuse, clairvoyante, ouverte sur le monde, avide de démocratie citoyenne, d’équité et de justice pour tous. Une jeunesse qui croit dur comme fer en la politique et en son pouvoir de faire la différence dans la vie de tout un chacun sans aucune discrimination. Une jeunesse idéaliste d’un Québec pour tous les Québécois dans toute leur diversité. Une jeunesse portée par la vision inclusive d’un nationalisme d’ouverture défendu par le chef du PQ de l’époque, André Boisclair.

Hélas, on était en 2007. Quelques années auparavant, dans la foulée du drame du 11 Septembre, le paysage politico-médiatique avait entamé une transformation extrême au Québec. Les manchettes se multipliaient frénétiquement au sujet du «fardeau énorme» de l’immigration sur les épaules des Québécois et de l’«invasion» de musulmans aux croyances et aux mœurs «dangereuses» pour notre société laïque. Il y a eu alors l’épisode hallucinant de l’affaire Hérouxville et les débats à la fois surréalistes et houleux sur les accommodements raisonnables.

Mario Dumont, le chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ), a su surfer sur cette vague. Sa formation a alimenté les peurs et excité l’angoisse identitaire de la majorité francophone. Dumont a fini par imposer une nouvelle façon populiste de faire la politique au Québec.

La soirée de l’annonce des résultats du scrutin de 2007, j’étais dans un bar pour filmer l’équipe du candidat de mon documentaire. L’ampleur des dégâts sur les péquistes a été incommensurable. Certains militants pleuraient, d’autres criaient de rage de voir Mario Dumont, jusque-là à la tête d’un parti marginal, les devancer et faillir devenir premier ministre du Québec.

La défaite péquiste cuisante de 2007 a aussi été la défaite d’un nationalisme civique. En embuscade, les teneurs du nationalisme ethnique ont sauté sur l’occasion.
C’était écrit dans le ciel qu’au Québec, désormais, le PQ n’allait plus se faire voler les questions identitaires. Depuis, une bataille féroce s’est enclenchée entre le PLQ et le PQ sur une vision tronquée de la laïcité. Dans cette tragédie humaine, qui a atteint son summum avec la charte de Drainville, comme des comparses, les immigrants et les musulmans en sont réduits aux rôles de dommages collatéraux!

Dans les circonstances, le triomphe de Jean-François Lisée à la tête du PQ aux dépens, encore une fois, de cette jeunesse de 2007 incarnée par les Cloutier, Ouellet, Plamondon et Hivon, n’augure rien de bon!

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