Dans quel monde sommes-nous coincés pour se réveiller soudainement, au Québec, en cet automne 2016, avec autant d’affaires d’espionnage de journalistes par la police?

Ce n’est pas encore la folie de la tristement célèbre Stasi (1950 à 1990), le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage de la République démocratique allemande (RDA).

À l’époque de ce sinistre ministère de la Sécurité de l’État, dit Stasi, une grande partie des Allemands de l’est en était des informateurs. On parle même des membres de familles qui s’espionnaient les uns les autres pour le compte de l’État!

On n’est pas à l’époque de cet État dans l’État où la Stasi lisait en cachette pratiquement tout le courrier de ses citoyens et écoutait presque toutes leurs communications téléphoniques. Mais il y a de quoi devenir paranoïaque avec le nombre de journalistes, et non des moindres, qui ont été des cibles de la police depuis 2013: de La Presse, Patrick Lagacé, Denis Lessard et André Cédilot, du Journal de Montréal, Michaël Nguyen, Félix Séguin et Éric Thibault, de Radio-Canada, Alain Gravel, Marie-Maude Denis et Isabelle Richer, du 98,5 FM Monic Néron, ainsi que Fabrice de Pierrebourg, journaliste indépendant. Et si on remonte neuf ans en arrière, il faut ajouter les noms de Joël-Denis Bellavance et Gilles Toupin de La Presse.

Depuis 2007, plus d’une dizaine de journalistes ont fait l’objet d’une forme de surveillance ou d’espionnage par l’un de nos différents corps de police, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM), la Sûreté du Québec (SQ), la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et (possiblement?) le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

On n’est pas encore rendu au contrôle massif de la population par la police, mais il y a de quoi semer le doute dans l’esprit du plus stoïque des citoyens, car ce qu’on a découvert n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Ajouter à cette paranoïa l’accumulation des scandales politiques dans lesquels s’est empêtré le Québec depuis une décennie, notamment le programme de commandites et les activités publicitaires du Canada au Québec (Commission Gomery en 2004-2005), le processus de nomination des juges de la Cour du Québec, des cours municipales et des membres du Tribunal administratif du Québec (Commission Bastarache en 2010-2011) et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (Commission Charbonneau en 2011-2015), et il ne manquerait pas beaucoup de pièces au puzzle d’un État policier et corrompu.

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