Je me rappelle toujours mes premières élections à titre de spectateur. Et je crois que je suis resté, depuis lors, un spectateur résigné de la tragédie électorale.

C’était lors de deux élections municipales et générales qui se sont succédées, au début des années 1980, sur ma planète d’origine. À l’époque, je sortais de l’enfance pour découvrir petit à petit le monde des adultes et ses péripéties.

Ces deux campagnes avaient les allures d’un folklore en deux parties bien huilées. Les listes des candidats avec leurs slogans étaient placardées partout dans notre petit patelin. À tour de rôle, sur presque un an, les candidats à la mairie ou au parlement prenaient d’assaut notre circonscription pour siphonner le vote.

Les visites des partis, toutes catégories confondues, se ressemblaient à s’y méprendre, même si les enjeux locaux et nationaux différaient. Au premier rang de n’importe quel cortège politique, on avait droit à un candidat tout sourire entouré de ses proches, de notables ou des personnalités du parti de la province et de la région. Des fois, quand l’enjeu du vote se corsait, on avait même droit à une délégation du siège national du parti qui prenait la peine de quitter son quartier général de la capitale pour se frotter à la populace. Derrière ces têtes d’affiche, une horde de pros des campagnes électorales bien rémunérés criaient à tue-tête le nom du candidat, ses ancêtres, sa tribu, son parti et ce qui s’apparentait être son programme, une liste d’épicerie alléchante déclinée en des promesses populistes invraisemblables. Et ça marchait!

Dans ce genre de brouhaha loufoque, les youyous se mélangeaient alors aux chants patriotiques, au vacarme des klaxons et aux slogans répétés à n’en plus finir pour glorifier le parti du moment et dénigrer ses adversaires.

Puis venait le temps des promesses psalmodiées par le candidat en personne dans un porte-à-porte minuté au quart de tour. La totale. Tout ce qui manquait à notre localité depuis la nuit des temps se retrouvait parmi les promesses de presque tous les candidats avec un engagement solennel d’être exhaussé en un claquement des doigts.

L’électeur étourdi avait la conviction que son quotidien était sur le point de subir une transformation extrême rapide: l’accès au travail, aux services sociaux et de santé, à la baisse des prix des matières de première nécessité, à des rues, des écoles, des espaces verts ou des stades flambants neufs, ainsi qu’à des services municipaux dignes et tout le tralala qui va avec.

Hélas, le jour d’après l’élection, tout s’évaporait. Vaine chimère.

Ce fut le cas sur la terre de mes aïeux. Les temps changent, mais toutes proportions gardées, il en est de même partout. Là où il y a de l’homme…

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