TC Media Les témoignages de femmes autochtones ont troublé le public.

À l’automne 2015, on a découvert les visages de la colère dans un reportage d’Enquête de Radio-Canada. Ces témoignages de femmes autochtones qui seraient à la merci de certains policiers de la Sûreté du Québec (SQ) de Val-d’Or ont troublé le public.

Or, un an et une enquête du service de police de la ville de Montréal (SPVM) plus tard, le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a confirmé en conférence de presse qu’il n’existait pas de preuves suffisantes pour porter des accusations dans les dossiers de Val-d’Or. Autrement dit, circulez, il n’y a rien à voir!

Certes, même si l’enquête du SPVM à ce sujet a été menée de façons intègre et impartiale selon le rapport commandé par Québec à l’avocate Fannie La Fontaine, que faut-il conclure? Que les plaignantes sont des menteuses? Des folles? Faut-il à ce point effacer de notre mémoire collective cette sortie médiatique de ces femmes autochtones qui ont brisé le silence publiquement avec un courage inouï? Comment redonner alors confiance à ces autochtones courageuses qui auraient été battues, humiliées et agressées sexuellement dans l’anonymat le plus complet à Val-d’Or? On parle ici d’une trentaine de dossiers d’allégations d’abus de pouvoir dans une petite ville qui compte une cinquante de policiers de la SQ. C’est énorme!

Justement, le drame qui accable les femmes autochtones est documenté et les médias en font l’écho. Ces autochtones affichent des taux anormalement supérieurs à celui du reste de la population en ce qui concerne les disparitions, les assassinats, la grossesse chez les adolescentes et le nombre de familles monoparentales dirigées par des femmes.

Comme l’a affirmé Me Fannie La Fontaine, le sort qui s’abat sur les femmes autochtones relève aussi de l’existence d’un racisme systémique et de pratiques discriminatoires au sein des forces de l’ordre. Pourtant, on est au Québec, en 2016!

Dans ce dossier précis, il faut donc changer de paradigme pour rendre justice. Car, autochtones ou pas, les femmes victimes d’agressions sexuelles se retrouvent dans l’obligation d’être des saintes nitouches pour convaincre la justice. Le fardeau de la preuve repose sur leurs épaules, malheureusement, comme on l’a vu aussi dans l’affaire Jian Gomeshi et plus récemment dans celle de Gerry Sklavounos, député de Laurier-Dorion.

Dans la vraie vie, un prédateur n’attaque pas une femme après avoir étudié son curriculum vitae ou sa fiche anthropométrique. Il l’attaque parce qu’elle est femme. Et quand cette femme est victime d’agression sexuelle, la justice décortique à la loupe son passé et sa personnalité.

Notre justice doit s’adapter, comme ce fut le cas dans l’affaire Cloutier où la police a dû piéger le présumé coupable pour faire éclater la vérité.

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