Il y a tant de discours haineux envers l’autre sur notre planète qu’il en devient presque banal de détester son prochain. Haïr par mimétisme se propage à la vitesse de l’éclair quand les prophètes de malheur s’en mêlent en meute.

La mécanique derrière l’envie de haïr l’autre simplement pour ce qu’il représente et non pour ce qu’il fait a été brillamment disséquée dans une scène culte d’Inglourious Basterds (Le Commando des bâtards), le septième opus du cinéaste iconoclaste américain Quentin Tarantino.

Au milieu de la scène de ce film qui ouvre son premier chapitre «Il était une fois… une France occupée par les nazis», le colonel SS, Hans Landa, magnifiquement interprété par l’immense Christoph Waltz est attablé chez un fermier, Perrier LaPadite, dans sa petite maison de campagne. Ce jour-là, le haut gradé allemand est à la recherche de Juifs du voisinage qui se seraient cachés à l’arrivée des nazis en France.

Tout en expliquant l’objectif de sa visite, celle de débusquer les Dreyfus, la seule famille juive des quatre du secteur qui a échappé aux nazis, le colonel SS amorce alors un huis clos suffocant.

Dès le début, Hans Landa affiche un visage radieux et traite son hôte avec respect. Il incarne tout, sauf le soldat SS brutal et sanguinaire qu’on pourrait imaginer. Dans un français impeccable, celui qui s’est présenté avec joie comme un chasseur de Juifs hors pair a entrepris un vrai travail d’avilissement de ses «proies». Alors qu’il étale son discours haineux, un grand sourire se dessine alors sur le visage du colonel SS amplifié par son non verbal radieux qui contraste avec son propos brutal: car il vient de comparer les Juifs à des rats. Mais son interlocuteur résista poliment.

Le visage de Hans Landa prend alors les traits d’un professeur qui étale magistralement son savoir. Il explique ainsi au pauvre LaPadite que l’animosité envers les Juifs se justifie simplement parce qu’ils sont juifs! Petit à petit, il poussa son hôte à se soumettre systématiquement à son discours raciste.

Subitement, les traits du colonel nazi se referment brutalement. Sur un ton martial, il impose au fermier LaPadite de choisir entre le bonheur de sa famille en dénonçant les Dreyfus qu’il cache dans sa maison sinon… Le bon samaritain craque.

On ne le répétera jamais assez. À tort, les gens croient que c’est invraisemblable pour un être normalement constitué d’être raciste ou de la devenir, mais ils oublient souvent que cette Allemagne des années 1920 était l’une des sociétés occidentales des plus raffinées. Il aura suffi d’une lourde défaite lors de la Première Guerre mondiale, suivie de l’humiliation imposée par les vainqueurs pour qu’un homme seul, d’apparence vulnérable, arrive à souffler sur la braise assez fort pour mettre l’Europe à feu et à sang. Dans un régime de peur où les discours haineux sournois se multiplient, même une personne d’apparence sensée et intelligente peut pencher vers un racisme devenu banal.

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