Après l’horrible massacre de la mosquée de Québec, les Québécois dans leur grande majorité se sont dits choqués et étonnés. Dans le même temps, certains de leurs concitoyens musulmans se sont dit que ce qui devait arriver arriva!

Juste après le carnage du 11-septembre, la mécanique de la diabolisation des musulmans s’est enclenchée partout sur notre planète. Tout au début, le Québec a refusé énergiquement de sombrer dans cette machination. En témoigne la gigantesque marche de 2003. Des dizaines de milliers de Montréalais, toutes origines confondues, ont alors bravé le froid sibérien qui s’est abattu ce jour-là sur la rue Sainte-Catherine pour dire non à la guerre en Irak.

Les Québécois ont résisté aux présages apocalyptiques des prophètes de malheur, mais avec le temps, certains ont fini par céder au travail inlassable de sape du discours haineux qui cible les musulmans.

Méthodiquement, des médias et leurs faiseurs vedettes d’opinions ont flairé le filon qui s’offrait à eux, le fait que les Québécois représentent un peuple tolérant et consensuel, mais aussi réfractaire aux accommodements religieux.

On ne le répétera jamais assez, car la chaîne des événements est consignée dans le livre d’histoire du Québec. Dès 2004, la fréquence des manchettes incendiaires sur les musulmans s’est accélérée. Naturellement, on a eu droit, tour à tour, à l’abracadabrant épisode d’Hérouxville, à l’ADQ de Mario Dumont qui a surfé sur cette vague, à la Commission Bouchard-Taylor qui s’est transformée parfois en une joute antimusulmane et à la charte du Parti québécois qui a délié définitivement les langues.

Petit à petit, des digues établies par notre démocratie libérale pour protéger les droits de l’Homme ont été affaiblies. Une frange de nos concitoyens a commencé même par se liguer dans des organisations émergentes ouvertement hostiles aux musulmans, comme l’aile québécoise du mouvement Pegida, qui milite contre «l’islamisation de la société allemande», ou des groupes d’extrême droite, comme Atalante Québec et La Bannière noire, qui étalent publiquement leur idéologie haineuse envers l’islam. L’Alliance nationale réformiste du Québec, un parti politique inspiré des thèses extrémistes du Front national français, est désormais une réalité au Québec.

Critiquer l’islam ou mettre en doute ses percepts fait partie de la liberté d’expression défendue par nos chartes, mais le «musulman bashing» qui a pris d’assaut le Québec, depuis presque quatorze ans, doit nous interpeller tous, sans succomber à la panique, ni à la colère, ni à la haine, ni à la victimisation, car on est dans le même bateau.

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