Quand on parle des musulmans, on noircit allégrement le tableau. Avec le printemps arabe, certains commentateurs ne se gênent même plus pour dire qu’être musulman équivaut à être un barbu rigide, arrogant et sexiste!

Pourtant, une petite revue des médias prouve le contraire. Certes, un vent de conservatisme a soufflé sur la région depuis le début des années 1990, toutefois, les laïcs et les libéraux ne sont pas restés les bras croisés. Ils ne sont pas majoritaires, mais ils militent et essaient de faire bouger les frontières au sein de sociétés arabo-musulmanes qui bougent, mais à leur rythme.

Tenez, la semaine dernière deux nouvelles ont attiré mon attention. La première: la deuxième présentation de la pièce «Dialy», la version marocaine des «Monologues du vagin», dans le théâtre de l’Institut français de Rabat, la capitale du Maroc. N’écarquillez pas vos yeux! Vous avez bien lu. «Dialy» – qui veut dire le mien en faisant référence au corps de la femme et à son sexe –  est inspirée des «Monologues du vagin» d’Eve Ensler, la pièce créée en 1996 qui est considérée comme un pilier du féminisme. Une troupe marocaine l’a traduite en darija, l’arabe dialectal parlé par monsieur et madame Tout-le-Monde au Maroc.

«Dialy» est produite par le théâtre Aquarium avec le soutien de l’Institut français. Depuis 1994, ce théâtre fait dans la vulgarisation – par des métaphores populaires et des textes en darija – de sujets qui touchent le quotidien des femmes. Tout y passe, les droits des femmes dans le nouveau Code civil, les femmes victimes de violence et le calvaire vécu par les petites bonnes. Cette troupe organise également des séances de théâtre destinées aux enfants du quartier pour leur inculquer le respect des droits universels.

Dans la version marocaine mise en scène par Naima Zitan, la pièce théâtrale originale a été extrapolée sur toutes les parties du corps féminin. Les textes ont été remplacés par les confidences des participantes aux ateliers de prises de parole et aux tables rondes. Cette version marocaine est issue de témoignages de plus de 150 femmes de différents âges qui ont raconté leurs déboires et leurs joies sans langue de bois ni fausse pudeur.

L’autre nouvelle, même si elle nous parvient de France, est l’inauguration de la première mosquée ouverte aux homosexuels près de Paris. Cette mosquée de l’Unicité accueille désormais les homosexuels, les transgenres et les transsexuels. Les femmes seront encouragées à y mener la prière et à prier à côté des hommes contrairement aux mosquées traditionnelles où les femmes sont séparées des hommes.

L’initiateur de ce projet s’appelle Ludovic-Mohamed Zahed, un Français d’origine algérienne âgé de 35 ans et marié à un Sud-Africain. Ce doctorant en anthropologie et psychologie a déjà créé la polémique, en 2010, quand il a lancé son association «Homosexuels musulmans de France».

L’initiative de Ludovic-Mohamed Zahed a été considérée comme une aberration par les instances et les personnalités de l’islam de France comme des imams connus, le Conseil français du culte musulman ou le recteur de la Grande Mosquée de Paris. C’est tout!

D’autres actes pour favoriser un islam progressiste existent. Des musulmans qui se désignent comme réformistes veulent aller au-delà de la défense d’une minorité sexuelle. Ils veulent réformer et promouvoir un islam inclusif de valeurs progressistes. Des mosquées dites « nclusives» sont ouvertes en Afrique du Sud, aux États-Unis et même chez nous au Canada. L’association «Les musulmans pour les valeurs progressistes», lancée en 2007 aux États-Unis, a recensé une dizaine de lieux de culte similaires en Amérique du Nord. À suivre!

Pour rédiger ce billet, je me suis basé, entre autres, sur les articles suivants :

Dialy ou les «Monologues du vagin» à la marocaine

Les «Monologues du vagin» en version marocaine

Théâtre. Le Monologue du vagin… en darija

Rabat : quartier Akkari – Le théâtre Aquarium veut faire sortir les femmes du bocal

Ludovic-Mohamed Zahed, un Coran d’air frais

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