Getty Images Saddam Hussein

Al Arabya, la chaîne satellitaire arabe d’information continue, diffuse depuis jeudi dernier «L’ultime guerre de Saddam», un documentaire-choc. C’est la version arabe du film «Tonnerre roulant sur Bagdad», écrit et réalisé par Jean-Pierre Krief pour ARTE France.

Ce film nous offre un véritable regard croisé sur cette guerre telle qu’elle a été vécue par des Américains et des Irakiens. Un film fascinant, hallucinant et intrigant à voir et à revoir, tellement il nous replonge totalement dans cette première guerre controversée du 21e siècle.

Dans ce premier épisode, on le voit bien, l’invasion de l’Irak de mars 2003 allait être une véritable promenade dans le parc pour les Américains, car l’Irak, en plus de ne pas disposer d’armes de destruction massive (ADM), était plutôt un pays exsangue, une coquille vide.

Les témoignages des hauts gradés américains et irakiens l’attestent. Les armes de Saddam étaient dépassées de deux générations comparativement à celles de l’Oncle Sam. L’Irak disposait de chars datant des années 1970, 1960 et 1950 pour stopper le rouleau compresseur américain ultrasophistiqué et implacable. Savez-vous que les salaires mensuels au sein de l’armée et les services de renseignement irakiens oscillaient entre cinq et quinze dollars? Les membres de l’armée et des renseignements ressemblaient à des clochards. Pour s’en sortir, ils pratiquaient la corruption et le vol. Et dire qu’on nous a vendu que Saddam Hussein disposait de l’une des armées les plus dangereuses de la planète!

L’Irak sous Saddam Hussein vivait dans une bulle coupée du reste du monde. À l’époque, il n’y avait ni téléphone portable, ni antennes paraboliques et les médias étaient sous une chape de plomb.

L’Irak sous Saddam Hussein était un état quadrillé par les branches politiques et militaires du parti unique Baas et le service de renseignements (les moukhabarates). Toute personne étrangère à un secteur était systématiquement repérée, car tout le monde espionnait tout le monde. Le fils dénonçait son père. La fille dénonçait sa mère. L’épouse dénonçait son mari. Les relations sociales s’étaient à ce point décomposées et les liens sociaux et familiaux se sont effrités.

À elles seules, deux scènes du film expliquent amplement la situation. Dès les premières minutes, le réalisateur nous propose un acte absurde qui s’est déroulé quelques semaines avant l’invasion, à l’intérieur de l’une de ces villas secrètes où le régime a délocalisé ses services pour préparer sa riposte. On y voit une poignée de stratèges présenter au raïs quelques-unes de leurs trouvailles. Savez-vous ce qu’ils ont présenté à leur chef comme armes qui allaient permettre au peuple d’en découdre avec les Américains? Des clous, des arcs, des flèches et des lances-pierres! Le plus hallucinant, c’est que le dictateur sanguinaire, Saddam Hussein, observait, testait et souriait.

Plus loin, le spectateur a droit au témoignage d’un ex-général de l’armée de Saddam, nommé Raad Al Hamdani. Il y raconte qu’aux premiers jours de l’année 2003, une grande réunion a eu lieu entre Saddam et son état-major. La vision des choses du dictateur avait pris une tournure métaphysique et religieuse, selon le témoin. Le dictateur adressa à ses subalternes une phrase bizarre: «Je sais que l’armée irakienne est fragile, très faible par rapport à l’armée américaine, mais Dieu n’a plus d’armée sauf celle de l’Irak. Alors, le miracle divin se réalisera. Les Américains arriveront aux portes de Bagdad, mais nous les battrons. Et lorsque vous reviendrez victorieux de cette bataille, je vous dirai, allez vers l’ouest, libérez Jérusalem des Israéliens et ramenez les Palestiniens sur leurs terres.» Amen!

À suivre.

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