Eraldo Peres / The Associated Press Mohamed Morsi

L’Égypte semble s’enliser. L’économie va mal, très mal. Sans l’appui des Américains et des Qataris, c’est la faillite assurée. Au lieu de sortir le pays du marasme, que font les islamistes? Ils veulent museler les progressistes!

Cette phobie trouve ses origines avant même l’arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi. Au commencement, une haine viscérale envers tout ce qui n’est pas islamiste s’est imposée comme mode de combat. La cible fétiche a longtemps été un monument du théâtre et du cinéma arabe, Adil Imam. Des avocats islamistes déposaient plainte sur plainte contre la star arabe, l’accusant de mépris contre les religions et atteinte à l’islam, en se basant sur des répliques de ses films cultes comme «Le terroriste», «Le kebab et le terrorisme» et «Morjane Ahmed Morjane». Mais en vain, Adil Imam a gagné tous ses procès!

Avec Morsi, les poursuites se sont intensifiées. Cette fois, les obscurantistes ont en ligne de mire le Clown du Caire. À la barre de «Al Barnamaj», son émission satirique qui bat tous les records d’audimat chaque semaine, Bassem Youssef semble avoir l’antidote contre l’intolérance: le rire contre le pire!

Et les islamistes ne chôment pas pour autant. Ils ont d’autres cibles qui semblent plus dangereuses à leurs yeux: les activistes politiques.

Ahmed Maher est une figure de proue des obsessions islamistes. Cet ingénieur est cofondateur du Mouvement du 6 avril mené par de jeunes Égyptiens opposés au régime de Hosni Moubarak. Son groupe a continué son combat contre la mainmise des islamistes. En mars dernier, ses membres avaient manifesté devant le domicile du ministre de l’Intérieur pour réclamer la libération de militants arrêtés lors de précédentes manifestations.

Dans une logique d’escalade, Ahmed Maher a été interpellé à son retour des États-Unis, où il avait participé, le 6 mai, à une conférence de la New America Foundation, sur la transition en Égypte.

L’autre visage de cette jeunesse égyptienne qui ne veut rien céder aux islamistes est Ahmed Douma. Cet activiste et redoutable blogueur est accusé d’avoir insulté le président Mohamed Morsi. Il est en attente de son verdict.

Ahmed Douma est l’exemple parfait du militant qui va aller jusqu’au bout de son idéal. Il a été emprisonné des dizaines de fois du temps du dictateur Moubarak et du Conseil suprême, qui a assuré la transition après la «chute» de son régime. Cette manie à vouloir réprimer sa liberté d’expression ne semble pas s’estomper avec l’ère Morsi. Ahmed Douma a été interpellé à plusieurs reprises.

Selon l’agence Reuters, «une vingtaine d’affaires d’insultes à l’égard du président Morsi ont été portées en justice au cours des 200 premiers jours de sa présidence, soit quatre fois plus qu’en 30 années de règne de Moubarak».

En Égypte, Moubarak ou pas, la répression suit une courbe croissante contre les adversaires du pouvoir en place dans une navrante logique du changement dans la continuité! À suivre.

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