Un beau soir, au milieu d’une rencontre amicale, un ami et grand journaliste d’une institution médiatique réputée m’a demandé d’arrêter de critiquer le Québec.

Devant mon étonnement, le bonhomme, lui-même issu de l’immigration, m’a lancé : « Je déteste les immigrants qui critiquent les Québécois au lieu de les remercier de les avoir accueillis et acceptés!»

Pour une fois, j’avais en face de moi un pourfendeur en chair et en os, contrairement aux BananeBanane_69 qui profitent de l’anonymat du web pour imbiber leurs commentaires d’absinthe et de fiel.

J’ai saisi cette occasion pour expliquer à mon ami en colère que critiquer un projet de loi, un parti ou un gouvernement ne veut aucunement dire mépriser tout un peuple. Peine perdue, mon interlocuteur a été catégorique : un immigrant n’a pas droit à la critique.

Alors, à quel moment cesse-t-on d’être immigrant pour devenir un citoyen à part entière? Sans aucune gêne, mon «ex-ami» m’a répliqué que 10 ans lui semblaient suffisants pour comprendre les Québécois et ne pas les «tanner» (sic)!

Donc, selon cette calculatrice sociologique, j’ai commis un impair, car, en 2007, j’ai osé prendre la parole publiquement, cinq ans et demi après mon immigration. Là, celui qui se prétend aussi humaniste qu’antiraciste m’a balancé un infantilisant portrait des Québécois.

Selon cet anthropologue d’un soir, le peuple québécois est un peuple colonisé et anxieux qui manque de confiance en soi. Devant l’immigrant fier de sa culture d’origine, de ses croyances et de son histoire plus que millénaire, le Québécois a tendance à opérer un repli identitaire!

Être fier de mes origines ne m’a jamais empêché d’être reconnaissant envers le Québec, qui m’a offert la chance de refaire ma vie dans une démocratie libérale. Mais je suis un homme libre.

Justement, au-delà de mon origine, j’ai vu le jour sur une planète conservatrice. Là-bas, depuis ma jeunesse, j’ai développé ma fibre humaniste, car j’ai vu des femmes et des hommes méprisés juste parce qu’ils étaient homosexuels, athées ou contre le régime. Sans préjugés, j’en ai côtoyé quelques-uns et j’ai découvert ainsi plusieurs personnes extraordinaires qui m’ont marqué à vie.

Depuis lors, je honnis ceux qui méprisent l’autre et son droit à la différence juste sur la base des préjugés, du mépris ou de la peur. Hélas, ailleurs comme ici, des énergumènes sans envergure ni cœur sévissent. Comme des prédateurs, ils passent leur temps à dépouiller l’autre de son humanité, parce qu’il ne cadre pas dans leurs «normes»!

Ce ne sont pas ces attaques mesquines qui vont m’empêcher de prendre la parole publiquement, car, et je le dis avec fierté, je suis québécois. Je suis la société d’accueil.

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