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Le jour où Jacques Parizeau nous a quittés, j’ai posté sur mon Facebook un bref message : «Il repose en paix.» Puis, plus rien. J’étais incapable de verbaliser ma peine.

Je hais les enterrements, car, très jeune, j’ai été dévasté par les funérailles de proches parents. Mais ragaillardi par les hommages du peuple pour accompagner «Monsieur» à sa dernière demeure, j’ai failli aller me prosterner devant sa dépouille. Hélas, je m’en suis abstenu à la dernière minute.

J’étais intimidé par la stature de ce géant du Québec moderne, même si ma venue au Québec n’a pas coïncidé avec son ère active. À l’époque, Bernard Landry était notre premier ministre, et le Parti québécois amorçait sa longue traversée du désert.
Très tôt, j’ai vu que plusieurs Québécois d’adoption en voulaient à Jacques Parizeau à cause de sa fameuse réplique sur l’argent et le vote ethnique. Heureusement, je me suis abstenu de faire des commentaires gratuits, car, avec le recul, j’ai attribué ce fait malheureux aux circonstances douloureuses d’un référendum «volé».

Depuis lors, j’ai consacré beaucoup de temps à découvrir l’histoire de ma terre d’accueil. Ces pavés biographiques m’ont fait tomber sous le charme de ma patrie d’accueil.

De toutes ces pages sur les Bourgault, Lesage, Lévesque et Parizeau, celles consacrées à «Monsieur» m’ont marqué le plus. Au-delà de sa mission de vie, celle de faire du Québec un pays, cet homme aurait pu réussir dans n’importe quel domaine. C’était un génie.

Avec un cerveau comme celui de Jacques Parizeau, n’importe qui aurait choisi une carrière prestigieuse dans le secteur privé et amassé ainsi une fortune sans se griller les méninges en politique pour des pacotilles. C’est le premier héritage de «Monsieur».

En politique, consacrer sa vie pour faire du Québec un pays est le chemin le plus scabreux, car le Canada, un des pays les plus riches de notre planète, est un adversaire redoutable. C’est le deuxième héritage de «Monsieur».

Comme ministre, vouer son œuvre à extirper son peuple de la soumission pour être maître de son destin face aux requins de la finance, c’est se prendre pour Don Quichotte. Mais «Monsieur» l’a réussi haut la main. Il en a fait un recueil incommensurable d’héritages.

Enfin, à l’hiver de sa vie, humblement, «Monsieur» s’est porté à la défense d’un modèle québécois de laïcité digne du monde civilisé. Alors que le PQ sombrait dans un nombrilisme identitaire dangereux, Jacques Parizeau a tapé du poing sur la table et s’est rallié à la position de Bouchard-Taylor tant décriée par sa propre famille politique.

Cet appui de la part de celui-là même qui a «causé» une commotion la nuit du référendum perdu de 1995 a désormais la portée du dernier héritage. Merci «Monsieur»!

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