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En cette fin d’après-midi de ce 23 juin, ma deuxième fille célébrait sa graduation à la garderie. Dans la grande salle du CPE, l’assistance était tout sauf homogène. Eh oui! Après plus de 13 ans dans les tranchées du monde de l’immigration, j’ai développé le réflexe d’analyser la diversité de ma patrie d’accueil. Tout le temps. Partout.

En balayant la salle des yeux, une majorité des gens présents – frisant la totalité – était québécoise d’adoption. La même chose chez l’équipe du CPE. La directrice et une éducatrice étaient les seules Québécoises dites de «souche» sur la dizaine des membres du personnel présent. Cette diversité se reflétait logiquement sur les numéros du spectacle et la coloration du buffet de cette graduation.

De retour chez nous, j’ai demandé à mes filles de se changer vite pour ne pas rater les festivités de la Saint-Jean dans notre quartier. Ma graduée m’a alors lancé: «C’est quoi la Saint-Jean papa?» Je lui ai répondu spontanément que c’est notre fête, la fête nationale de tous les Québécois. Du tac au tac, elle m’a relancé: «Que fête-t-on?» Ce genre de colle imposée inlassablement aux parents par leurs bouts de choux peut éterniser une discussion. Alors, j’ai lâché mon joker: «Quand tu seras grande, tu comprendras.»

Oui, j’aurais pu dire à ma fille qu’à l’origine, la Saint-Jean a été une fête païenne récupérée par l’Église, avant qu’elle ne débarque en Amérique avec les premiers colons français. Et que, plus tard, entre patriotisme ou célébration religieuse, le 24 juin est devenu jour férié, en 1925, et Fête nationale du Québec, en 1977. En cours de route, cette journée s’est politisée, puis laïcisée, avant d’appartenir à tous les Québécois.

Remarquez, si je m’étais embarqué dans cette explication, j’aurais raté les spectacles de la soirée sur De Castelnau. Heureusement, dans la gaieté, toute ma tribu y a rejoint à temps une foule bigarrée qui se prélassait, buvait, fumait, hurlait, dansait et se régalait des mets du monde proposés par les cuisines de rue qui ont pris d’assaut la place.

Sur scène, devinez ce qui a attiré mon attention? Évidemment, les noms affichés des élus qui participent à la commandite des festivités. Les Elsie Lefebvre, Annie Samson et Justin Trudeau étaient tout sauf représentatifs de la diversité de la foule. Et alors que je m’apprêtais à scruter le degré de diversité des artistes invités, ma voix intérieure m’a chuchoté: «Décroche, profite de la fête et danse Hassan, danse!»

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