La nuit hivernale où j’ai foulé pour la première fois le sol de Montréal a été l’une des plus froides de toute ma vie. Mais ce n’était que le présage de longues semaines pénibles à affronter par la suite.

Durant cet accablant périple, j’ai croisé plusieurs de mes semblables, de nouveaux arrivants issus du Maghreb. Quelques mois après le 11 septembre 2001, on était marqué au fer rouge.

Tout devint compliqué pour apprivoiser ma ville d’adoption, son transport en commun, ses marchés, ses attractions, pour nouer de nouvelles amitiés et me familiariser avec tout le reste, ces détails de la vie quotidienne.

Dans cette tempête glaciale qui coïncidait avec le début d’une crise du logement effroyable, avec un patronyme et un prénom comme les miens, dénicher un appartement décent a tourné au cauchemar et trouver un emploi convenable a viré en un long chemin de croix.

Mais comme pour la plupart de mes semblables, ces jeunes universitaires à la volonté de fer qui ont osé déchirer leur cœur et quitter famille, amis et terre de leurs aïeux, il n’était point question de baisser les bras.

Comme les miens, en quête de soutien, je me repliais dans les cafés maghrébins sur Jean Talon Est. Toutes nos rencontres se résumaient à la quête de tuyaux pour nous en sortir. Hélas, nous avons dû y croiser aussi le chemin de compatriotes pessimistes, des énergumènes qui s’épanouissent en marge de toutes les sociétés pour ruiner les espoirs des plus coriaces.

Mais pas question de plier. Après ces rencontres négatives capables de tailler en pièces l’envie des plus optimistes, pour relancer ma seconde vie, je me suis découvert une volonté de fer insoupçonnée, un instinct de survie pour survoler tous les obstacles, coûte que coûte.

Par intuition, j’ai sollicité l’aide de la structure d’accueil d’Immigration Québec. J’ai pu éviter le traquenard et j’ai mangé ma ville dans toute sa diversité. J’ai ainsi découvert des Montréalais de toutes origines aux parcours inspirants qui m’ont ouvert des portes jusque-là cadenassées.

Je me suis retroussé les manches pour gagner la rude bataille de la recherche d’emploi sans être pris dans les griffes d’un ghetto, quel qu’il soit. À quelques jours de mon premier été dans ma ville d’adoption, j’ai décroché mon sésame,
mon premier boulot!

Mon premier chèque de paie a mis fin à ma misère, mon angoisse et mon perpétuel stress de ne pas pouvoir annoncer à ma parenté, à l’autre bout de l’Atlantique, la fin de mon interminable quête d’un vrai emploi, mon premier ancrage.

Ma seconde vie a donc pris son envol durant mon premier été à Montréal. Désormais, cette saison illustre pour moi la maxime «Qui veut peut»! Je me souviens.

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