Depuis la nuit des temps, quand l’horizon s’assombrit, les prophètes de malheur monopolisent la parole et multiplient les mauvais présages. Dans cette pénombre, la haine envahit l’horizon et la peur emprisonne les consciences.

Dès lors, le populisme crasse se déchaîne et scande les slogans qui marchent : «Notre identité est menacée», «On va être envahis», «C’est le choc des civilisations», «À bas l’humanisme béat», «C’est la guerre», «Défendons-nous», «Chassons la vermine!»

La tragédie se dessine. La pensée paresseuse se soumet à la terreur populiste. La droitisation de la société et la montée des réactionnaires surviennent. Les peuples se taisent et ceux qui prônent la générosité, la solidarité, la fraternité et l’égalité rassembleuse deviennent radioactifs, infréquentables.

Même des sociétés riches et prospères se replient sur elles-mêmes et ne sont plus capables de tendre la main à des humains dans la déchéance, des naufragés.

Dans un silence fatalement assourdissant, tétanisés, à leur tour, des humanistes abandonnent petit à petit leurs valeurs et subissent eux aussi les diktats de l’économisme.

Dans cette folie de peur et de haine, les valeurs du monde civilisé s’évaporent et l’inquisition s’impose même dans les sociétés les plus évoluées, les plus raffinées.

Du jour au lendemain, on ne pense plus qu’à sa petite personne, et l’autre, surtout l’étranger, on lui ôte toute son humanité pour le traquer partout, comme une bête. Il est le parfait bouc émissaire de tous les maux, même du mauvais temps!

Et puis, une image, une histoire, tombe du ciel, comme celle d’un petit bambin échoué sur une plage déserte, le corps inerte, le ventre contre le sable, à mille lieues de ce qui était sa ville, sa région, sa patrie.

Comme par magie, après cet événement tragique, la solidarité armée se déchaîne. Les frontières ne sont plus une raison pour oublier l’autre, pour l’éliminer des consciences, car il n’est pas le danger tant décrié, ni l’être inférieur supposé.

Petit à petit, la colère est évacuée, la haine tarit, les cœurs se libèrent, la langue de bois s’évanouit, les mots expriment à nouveau le sens des choses et la lumière jaillit. Tout est possible.

La solidarité reprend ses droits, les accolades se multiplient, la peur s’envole et le sens de la collaboration bouge des montagnes. L’humanité redevient doucement solidaire, fraternelle et prône la prospérité pour tous.

Ce jour-là, la confrontation laisse la place à la collaboration et, comme dans les bouquins d’histoire, il aura fallu que la crise atteigne son paroxysme pour que l’espoir renaisse. L’humain ressuscitera. Non, Aylan n’est pas mort!

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