Samedi dernier, en fin d’après-midi, je feuilletais machinalement le Journal de Montréal disposé sur le comptoir du café de mon quartier, quand je suis tombé sur une chronique qui a attiré mon intention.

Dans «Le pédo d’à côté», Richard Martineau lance d’emblée à ses lecteurs: «Avouez-le: quand les médias ont publié la photo des 13 pédos qui ont été arrêtés cette semaine, vous avez fait comme moi. Vous avez scruté chaque photo pour voir si on ne pouvait pas déceler un point commun entre ces monstres. Eh bien, non, peine perdue. Il n’existe pas de signe physique distinctif nous permettant de reconnaître les pédos.»

Comme un bogue informatique, mon cerveau a figé, car cette amorce sentait faux. J’ai aussitôt arrêté la lecture de cette chronique sans l’avoir terminée.

De retour chez moi, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller scruter les photos des 13 pédos sur ma tablette. Et devinez quoi, ça saute aux yeux, il existe bel et bien un signe physique entre ces monstres: ils sont des hommes blancs.

Je me suis dit alors que si c’était des monstres d’autres couleurs, Richard Martineau l’aurait-il mentionné?

Plus tard, je suis allé chez un ami pour passer la soirée. Dans le vestibule de sa maison, je suis tombé sur une copie du Journal de Montréal. Je n’ai pas pu m’empêcher de la ramasser.

À la cuisine, alors que mon hôte honorait sa corvée de cuistot pour régaler ses convives issues des quatre coins du globe, j’ai lu le reste du billet de Richard Martineau.

Le chroniqueur vedette du Journal de Montréal a fini par trouver un signe distinctif des 13 pédophiles: la plupart aiment travailler auprès des jeunes. Assez pour le rendre parano à la vue d’un chef scout aux cheveux gris, par exemple!

Richard Martineau avoue même dans sa chute que «tout comme le terrorisme islamiste nourrit (malheureusement) l’islamophobie, la pédophilie nourrit la méfiance envers les adultes qui travaillent auprès des jeunes». Ce qu’il assume, car il préfère être trop prudent plutôt que pas assez!

Normalement, un chroniqueur qui dispose d’autant de tribunes et de pouvoir sur le public ne devrait pas attiser les peurs dans une société comme la nôtre. Hélas!
Là, j’ai lancé à mon hôte: «Pourquoi est-ce plus facile de dire d’un suspect qu’il est du type asiatique, latino, noir, maghrébin ou arabe, mais pas quand il est blanc?»

Pire encore, pourquoi dans une démocratie libérale comme la nôtre certains se permettent-ils encore de juger publiquement un être humain par rapport à son origine, sa couleur, son sexe, son orientation sexuelle, sa religion ou ses convictions politiques?

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