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Le Québec est à l’envers depuis les révélations sur la pédophilie de Claude Jutra. L’heure n’est point à la vindicte populaire ni à l’aveuglement volontaire; elle impose un sursaut national pour affronter nos travers.

Dès l’annonce de cette cauchemardesque mauvaise nouvelle qui a éclaboussé une icône de notre septième art, certaines réactions ont été teintées de cette hypocrisie qui obsède l’humain quand le présumé loup est l’un des siens. Quand l’épouvante habite sa maison.

De même, d’autres ont renié à fond de train ce très grand nom de notre cinéma. Ils ont crucifié Claude Jutra, qui est devenu l’étrange qu’il faut brûler sur le bûcher. Il ne faisait plus partie de leur famille. Comme s’il en avait jamais fait partie!

Que c’était expéditif d’effacer rapidement Claude Jutra de notre mémoire et de gommer son nom du prix qui le glorifie! D’un trait, il disparaît de la surface de notre vie. Le déni!

Or, l’heure est grave, et malgré l’onde de choc de cette affaire Jutra, le Québec doit se réveiller pour de bon. La pédophilie fait partie de toutes sortes de violences sexuelles infligées à nos femmes, nos enfants et nos jeunes. Les chiffres officiels sont d’ailleurs sans équivoque à ce sujet.

Au Québec, selon les données basées sur l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes réalisée en 2012, publiées tout récemment conjointement par l’Institut national de santé publique du Québec et l’Institut de la statistique du Québec, 11,4 % des Québécois auraient vécu de la violence sexuelle avant l’âge de 16 ans.

Au Québec, en 2013, selon notre ministère de la Sécurité publique, nos services de police ont enregistré 5 526 infractions sexuelles, soit une augmentation de 245 infractions (+ 4,6 %) par rapport à 2012. Ce nombre d’infractions sexuelles a ainsi atteint son plus haut niveau depuis 2006. Quant au taux d’infractions par 100 000 habitants, il s’est élevé à 67,8 (+ 3,7 % depuis 2012).

Au Québec, les victimes âgées de moins de 18 ans représentaient 66,4 % de toutes les victimes d’infractions sexuelles enregistrées par les corps policiers en 2013, totalisant 3 524 infractions. Le nombre d’infractions dont les victimes étaient des filles était trois fois et demie plus grand (2 753) que le nombre d’infractions visant des garçons (771).

Une véritable lutte totale et sans merci contre ces pratiques abominables qui perdurent doit être mise en place. Une sorte de véritable commission-vérité s’impose pour combattre ce mal à la source.

Malgré son effroi, l’affaire Jutra devra au moins avoir ce mérite, celui de nous contraindre à vider l’abcès des crimes sexuels pour de bon.

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