Mercredi soir dernier, j’étais content. J’allais voir Guillaume Wagner à la première de son one man show. Je connais Guillaume depuis l’ENH. On partage, à plusieurs niveaux, une vision similaire du monde. C’est pourquoi, mercredi soir, j’étais content. D’abord parce que je sais quelles sont les batailles qu’il a dû mener pour se rendre là. Ensuite parce qu’une victoire pour lui, c’est aussi une victoire pour moi. On voit que j’ai le bonheur égoïste.

Le lendemain, les critiques sont plus qu’élogieuses. Le bonheur continue. Vendredi, ça se gâte. Sophie Durocher, du Journal de Montréal, écrit un papier intitulé «L’humour poubelle», par allusion à l’expression «radio poubelle», qui sert à désigner la culture de la radio X de Québec.

Des blagues citées hors contexte servent à coller à Guillaume les pires défauts. Mme Durocher l’accuse, entre autres, de faire lui même dans la méchanceté et la vulgarité qu’il dénonce à la radio X. Et puis, vient le fameux «Est-ce que l’humour excuse tout?» Voyageons ensemble.

Au secondaire, t’as le p’tit comique qui va en avant faire un oral où il imite le prof et Dave, le sportif. Il fait rire toute la classe, prof inclus.

Pendant son oral, le p’tit comique ne s’épargne pas, il rit de ses défauts, de ses peurs, de sa vulnérabilité. Et Dave lance une blague sur ses souliers mauves. Tout le monde rit, le p’tit comique aussi.

En même temps, dans le local de la radio étudiante, les deux animateurs ont comme thème «Les BS dans l’école, gang de parasites». Au passage, Dave se fait traiter de deux de pique profiteur, parce que, même s’il est athlétique, c’est un maudit BS.

Elle est là, la différence. Un humoriste comme Guillaume rit de lui tout autant que des autres et il sera le premier à rire si une de ses «victimes» lui en relance une bonne. Sauf les animateurs de radio – c’est pas la même game.

La fin du texte de Mme Durocher est un modèle de démagogie. C’est au sujet d’une blague que Guillaume fait sur Marie-Élaine Thibert pour faire peur aux matantes dans la salle. Voici comment elle termine son texte. Elle explique que pendant le show de Guillaume, elle était à une soirée-bénéfice où Marie-Élaine Thibert chantait pour la Fondation des petits rois. «Devinez pour qui j’ai le plus de respect : Guillaume ­Wagner, qui vomit sur une ex-acamédicienne, ou Marie-Élaine Thibert, qui donne de son temps bénévolement pour venir en aide aux enfants trisomiques?» écrit-elle.

Voilà de la belle démagogie! Une belle façon grasse et ronde de jouer sur les émotions des gens pour qu’ils soient d’accord avec ce qu’on dit. Comme s’ils passaient leur temps à faire ça! Guillaume à insulter du monde, pis Marie Élaine à sauver des enfants trisomiques. Que j’ai ri Mme Durocher, mais que j’ai ri! Marie-Élaine, c’est une bonne fille, j’ai rien contre elle, mais quel genre d’abruti je serais si je disais quelque chose comme : «Moi, mon respect, il va à Guillaume! Parce qu’un certain soir que Marie vomissait son trop-plein de vodka-canneberge, Guillaume, lui, faisait un spectacle-bénéfice contre l’homophobie.» C’est exactement ce genre de «raisonnement» qui vous vaut à vous et à vos comparses le titre de champions démagogues. (C’est une supposition pour le vomi de vodka-canneberge. Elle a dû faire le party une fois ou deux dans sa vie!)

Sinon, allez voir le show vous-même. Sauf si vous avez une opération de sauvetage des bébés phoques ce soir-là.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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