C’est la saison des partys! L’Halloween donne le coup d’envoi, ensuite s’enchaînent Noël et le jour de l’An. Ce que j’aime des partys, c’est l’arrivée. Quand on est tout frais, nouveau dans un lieu, parmi des gens, et que les discussions et les débats vont déjà bon métro. (Le train, c’est désuet.)

T’entres, t’observes. Y’a du monde qui jase proche du rack à CD. On te voit. Une excitation subtile monte dans l’air. Une nouvelle tête à convaincre! On se tourne vers toi. «Heille, toi, qu’est-ce t’en penses?» Les différents partis souhaitent t’avoir de leur bord. On veut ton cerveau, ton idée, ton approbation, ton poids. Plus ya de monde qui penche vers une idée, plus elle est lourde, plus elle passe d’opinion à vérité. Tu donnes ton avis. Le parti gagnant s’emballe. «C’est ça que je te disais! The Wall est meilleur que Dark Side of The Moon!»

Je suis arrivé au party le 14 février 1983. Il était déjà assez avancé merci. Les débats aussi. Sans même que j’aie mon mot à dire, la gang des cathos m’a pitché de l’eau dans face. «Toi, t’es d’accord avec nous autres.» Ils m’attendaient à la porte. Je n’ai même pas eu le temps d’enlever mon manteau. Dans un coin du salon, yavait une coupe de compagnies qui jasaient pis essayaient de m’avoir de leur bord. Elles voulaient me convaincre que c’est cool de consommer pour consommer. Malheureusement, les deux hippies étaient trop pétés pour contre-argumenter correctement. Faque, j’ai consommé.

Un peu plus tard dans la soirée, y’avait une grosse discussion dans la cuisine entre un étudiant de HEC et un autre de l’ENH. «Voyons, ça sert à rien, l’art! Surtout faire des jokes! C’est l’économie qui fait vivre la planète! Hein Ben, qu’est-ce t’en penses?» Celui-là, il ne m’a pas eu.

Avant même d’avoir l’eau dans face à l’église, c’était déjà en moi.J’t’un créatif. Y’a personne qui va changer ça.

Un bout, je me suis tanné du monde qui voulait me tirer de leur bord. Je suis sorti sur le balcon prendre l’air. C’était cool. Y’avait quatre ou cinq personnes qui dansaient. C’était des :«La vie, c’pour avouère du fun!» J’ai dansé un bout avec eux autres. Ça m’a fait du bien.

Quand je suis revenu en dedans, j’étais relax, ouvert.

En chemin vers les toilettes, j’ai été arrêté par une discussion intense entre un musulman, un juif, un athée puis une fille qui fait du yoga.

Mon opinion, ma vision du monde, n’a jamais eu autant de valeur! J’avais trop envie de pisser, j’ai juste dit : «Pour moi, le sens de la vie, c’est par en avant. Excusez-moi, m’en va par là justement.»

Ça va bientôt faire 30 ans que je suis au party. Des fois, je suis fatigué. Trop de bruit. Puis j’ai perdu trop de temps dans des pièces sombres avec du monde weird.

Mais, heureusement, j’ai trouvé une couple de personnes avec qui je m’entends bien. C’est cool, on se tient proches du bol de chips, on sourit à rien.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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