C’est jour de vote. Ce serait une belle occasion d’écrire sur la politique, les élections, la démocratie, mais ça me tente pas. Fait beau. J’aime mieux vous divertir en chemin vers le bureau de vote, ou votre job. Je vais vous raconter la fois où j’ai fait un show dans une prison pour femmes. Techniquement, j’ai pas eu le temps de faire assez de jokes pour considérer ça comme un show.

J’ai 22 ans, je sors de l’École nationale de l’humour. Un booker m’appelle. «Ben, es-tu disponible demain midi? Je viens d’avoir un appel d’une prison pour femmes. Ils veulent leur offrir un p’tit show d’humour sur leur heure de dîner. Ça l’air que ça a été tendu toute la semaine.» «Je vais pas là, ça va être l’enfer.» «T’as juste 15 minutes à faire.» «Oublie ça!» Il me dit le cachet. «Quelle heure?» Pauvre et téméraire, les ingrédients du mauvais jugement.

J’arrive à la prison. On m’amène à la cafétéria. Les femmes sont aux tables en train de manger. Tout a l’air beau. Un p’tit stage est installé dans le coin, juste à côté de la poubelle, à la fin du comptoir à bouffe. L’agente de prison, qui a le casting de la grosse pas fine dans Unité 9, me tend mon micro. «Fais ça vite, elles ont pas l’humeur à rire aujourd’hui.» Nice. La tape dans le dos que j’avais besoin. Je monte sur mon petit stage. «Salut!» Le son qui sort du speaker est comment dire… de qualité… micro fluo du Dollarama. « SALUT!» J’y mets toute la gomme. Rien. Aucun regard. Sont pas sensibles aux politesses d’usage… bon, ben je vais faire mes jokes.

Je fais une joke. Deux jokes. J’essaie de rire des conditions un peu weird que j’ai de jouer à côté d’une poubelle. Rien. J’y vais pour l’honnêteté. Toujours payant. «Si vous voulez, j’arrête tout suite, pis on mange le dessert tout le monde tranquille. Ç’a l’air que c’est du pouding au riz à midi.» POW! Ça lève! Le rire tant attendu? Non. Bagarre générale! Comme dans les films. Elles se lèvent toutes d’un coup et se sautent dessus. Les agents et agentes sautent dans le tas. C’est officiel, la tension accumulée de la semaine ne sera pas calmée par un humoriste sur le bord d’une poubelle. Fallait que ça pète. Ça pète là là.

Personne s’occupe de moi. Je suis debout sur le stage. J’ai un micro. Le chaos devant les yeux. Aussi bien m’amuser. «Solide gauche!» «Watch-toé, elle a un cabaret!!» «Pas les cheveux, pas les cheveux!!!»  «Elle a un journal roulé!! Elle a trouvé l’Excalibur! À genoux devant le roi Arthur!» Un agent m’enlève le micro, me sort de la cafétéria. La bagarre arrête. Les choses se calment. Un des agents me dit. «T’as été chanceux. Parce qu’au début on était supposé mettre le stage en plein milieu de la cafét. Si t’avais été dans leur chemin, elles te passaient sur le corps.» Donc, la poubelle… c’était pas si pire. J’ai pris mon chèque et je suis allé manger mes émotions chez Burger King.

O.K. J’ai jamais joué dans une prison pour femmes. Je me suis dit, tant qu’à avoir une journée remplie de bullshit politique, aussi bien écrire une bullshit au moins divertissante. Bon vote.

Aussi dans Avec prétention :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!