Il y a quelques semaines, j’ai écrit une chronique intitulée «Bon voisinage». Je parlais de l’absurdité d’être si nombreux sur une île et si rarement en interaction. De notre désir caché d’être unis, d’être en contact avec l’autre, de nous aider. Du ridicule de vivre par procuration dans les films ce sentiment d’entrain, puis de sortir en silence du cinéma. Bref, il y a un Fred Pellerin en moi qui trouve son village bien plate des fois. Cette chronique a semblé plaire, rejoindre plusieurs d’entre vous. C’était la théorie. Voici la pratique.

Il y a exactement une semaine, jour pour jour, il faisait -7 000 oC. De samedi à dimanche, on a tout eu. De la neige, du verglas, de la pluie, des grenouilles, des clous. Puis, lundi, ce beau mélange a gelé. Les trottoirs étaient des patinoires, les voitures étaient prisonnières d’igloos, le bruit ambiant était rempli de roues qui spinent et de scrapers qui grattent. L’hiver quoi.

Ces temps-ci, je passe mes journées dans un café qui est à environ 25-30 minutes de marche de chez moi. J’aime marcher. Lundi, en début d’après-midi, j’ai triché. J’ai entre­coupé ma marche d’un petit tour de métro. Mes cuisses gelaient comme des morceaux de bœuf dans un camion frigorifique. Au moment du retour, je suis sans monnaie. Je pense retirer… Mais bah, le guichet, pour sortir un vingt, aller faire du change… D’la schnout, attache ton capuchon, pis marche.

Je marche, j’ai froid. Vraiment froid. Je suis à 30 minutes de marche de chez moi. Arrivé au coin d’une petite rue, je vois une voiture qui spine. Je m’arrête. Je peux l’aider, mais… Je n’ai pas de gants. (Je trouve que c’est plus chaud avoir mes mains dans mes poches de manteau, fermées en poing. Elles s’auto-chauffent.) Puis, le temps que je prends à l’aider… Je vais être gelé après pour marcher. J’ai une idée de génie. J’y demanderai un lift en échange. Du bon vieux troc. Je sors ta charette du banc de neige, tu m’amènes au magasin général. On est à court de mélasse.

Le conducteur, de mon âge, est un Français. Fort sympathique. Il accepte d’emblée mon offre. Un de ses amis s’amenait pour l’aider; à deux, ça va être mieux. On sort sa voiture de son igloo. Embarque dans la charette. On parle du temps de merde, de la glace partout, du froid. Il me raconte qu’il aurait bien laissé sa voiture stationnée, mais qu’une amie à lui s’est blessée au dos, qu’elle doit aller voir un spécialiste et ne peut certainement pas marcher sur les trottoirs de glace. Pour lui, ça va de soi, il faut s’aider

Il m’a déposé à quatre minutes à pied de chez moi, on s’est dit un beau merci commun et une bonne année. Lui est allé s’occuper de son amie et de son mal de dos; moi, je suis rentré écrire cette péripétie, m’occuper de mon village et de sa petite amertume.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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